14 novembre 2008

Prise de fonction

Mardi 4: 10 h : visite de mon futur appart – immeuble Santa Anna . (pas mal pour une bretonne ! elle va veiller sur moi la Duchesse !).
11 h : Je me présente au DPOS, mon nouveau bureau (département de la planification et de l'organisation des soins).
Je vais déjeuner avec 3 collègues médecins inspecteurs, Daniel, Xavier, et Geneviève.
Je goûte les chevrettes au lait de coco. Délicieux ! Mon premier repas à Tahiti. C'est bon le thon cru !
Très vite, problème sur le pied droit.
Bousculés par les grosses coast-guard à Los Angeles comme du bétail ! Il fallait courir dans les couloirs de transit ou aucun tapis roulant ne fonctionnait.
Mardi, j'avais le pied tout bleu et enflé.
Doppler en urgence à la clinique voisine et consultation d’un phlébologue. Ca commence mal !
Je suis "prise en charge" très amicalement par des amis militaires et je passe 2 nuits chez eux à Mahina.

Jours suivants : Pas d’amélioration de mon œdème du pied droit.
Malgré cela avec Chantal, je cours de partout dans Papeete (avec mon pied enflé !) pour les formalités innombrables ( EDT, banque, Mana, Vini, CPS). Je douille mais ne dis rien.
Je saurais le lundi 10, que j’ai une vilaine entorse du pied droit avec rupture de ligaments !
Le pied la Polynésie ? pas tout à fait pour moi pour cette arrivée !
Mais ma Sylvanie est si belle, Tahiti est une île si voluptueuse et mon cœur si plein de plénitude ! On va pas se laisser enquiquiner par une entorse américaine, non prévue au programme !
Le moral est au top cependant, et je suis remise du décalage horaire au bout de 8 jours.
On a vu d'autres et j'ai si hâte de connaître ma nouvelle île.

Arrivée à Papeete- aéroport de Faaa.

Le 4-11 - 9 h 40 heure France, le 3-11 , 22 h 30 heure locale ! 30°C.

5 personnes à m’accueillir avec colliers de fleurs.

J’ai les pieds enflés, surtout le droit. Je mets les tongs après avoir enlevé les chaussettes de contention.

Nuit noire sur Papeete, juste senti la brise du Pacifique. Merci à ceux qui étaient là à cette heure tardive.

Première (et unique) nuit chez ma logeuse bretonne à Pirae. Impossible de dormir ! Suis décallée, très décallée. Au fait quelle heure est-il ? ou ça ?

23 heures de vol

L’oiseau bleu aux fleurs de tiaré a décollé à 12 hs précises. Sentiments mêlés de légèreté et d’arrachement. Un cœur gros et des larmes incontrôlables. Mais rien à faire, tout à subir désormais !
Pour la première moitié du voyage, Roissy- Los Angeles : nous avons survolé la Bretagne, l’Angleterre, l’Ecosse, l’Islande, et le nord Groenland, puis le grand Nord Canadien, l’Oregon, le Montana, San Francisco, Los Angeles. Altitude moyenne 10.000 kms, vitesse moyenne 900 kms/h. Parfois une percée dans les nuages et vues du ciel magnifiques et inoubliables (l’Ulster, L’Islande, Vancouver, Seeatle, colline Hollywood…..etc)

Los-Angeles : 1h30 d’escale dans des locaux minables, encadrés par des uniformes de gros et grosses ricaines excités et énervés.Une horreur ! Aucun contrôle de douane ! mais pas bougez et barrez vous vite vite ! Salle fumeur : 2 clopes à la va vite ,et derniers appels et SMS en France de mon mobile ! Tampon sur le passeport, et empreintes iris et les 2 index. Souriez vous êtes filmé et sans les lunettes (« Look here without glass, quickly » ok go and next next … , pas de please ni de thank you. Pas une fontaine d’eau, que dalle en salle de transit ! Tous obèses ! Bonjour l’espérance de vie aux States !

Los-Angeles- Papeete : 8 heures de vol sur le pacifique, survol d’Honolulu. Ronflements dans l’avion. C’est quoi ce vol inter-sidéral qui s’éternise ?
Un contingent de 70 gendarmes mobiles qui buvaient bières sur bières au bar en queue d’avion. Ils viennent en renfort à Papeete pour 3 mois .
Plus pressée d’arriver enfin de compte ! Cocooning dans l’avion.
Obligée de subir ! On se sent en sécurité et quoi faire d’autre, sinon que de compter les heures, puis les demi-heures ! J’ai vu 2 bons films et noirci un cahier Clairefontaine ! ça occupe ! le patch anti-clopes a bien marché ! génial !
J’attendais quoi au juste ? Pourquoi j’étais dans cet avion qui n’arrive jamais ? Qui va ramasser les framboises du jardin ? Reverrais-je ma chaumière un jour ? et mes 2 enfants ? Trop tard, trop tard ! assumes tes choix et tes décisions ! Une autre vie t’attend à Tahiti .

2 novembre 2008 : gare de Rennes et Roissy.

Nadège avait mis son joli pull blanc et Frédéric était là, très ému. L’ami Thierry était là aussi et a géré les valises, ma place dans le train. Je me sentais honteuse de partir si loin, et seule et avais envie de leur demander « pardon ». Souvenir des regards brillants et des yeux humides, la tendresse des derniers mots. IL va être si long ce voyage ! Quand vous reverrais-je ?

Les rôles étaient inversés. C’était moi la gamine et eux les parents qui prenaient soin de mes bagages.

Car j’étais la gamine qui faisait son caprice, celui d’aller vivre et travailler en Polynésie, et qui coupait ses liens ombilicaux. Pourtant ce 2 novembre je me suis sentie encore plus maman que jamais!

De ma chambre d’hôtel à Roissy , je vois le ballet des avions, demain matin c’est à mon tour de prendre l’air !

La corvée des valises

Toujours peur d’oublier quelque chose ! J’ai choisi de faire très simple : uniquement vêtements et quelques indispensables de toilette et de cosmétiques.

Bien sur, ordi, appareil photo et tous les souvenirs sur 4 clés USB ! (Pas de sèche-cheveux, ni de fer à repasser!).

Des choix draconiens pour l’équilibrage des poids des 2 valises.Des heures avec Nadège le 1 novembre. Résultat : mon poids en bagage soit 2 fois 23 kgs en soute et 10 kgs en cabine !

Les recommandés pour résiliation : au moins une dizaine !

A la fin j’avais l’impression de radoter ! (assurance voiture, tel mobile, canal sat, bail appart, mutuelle, assurance appart, internet …. etc) et tous ces dossiers importants à boucler, à scanner sur clé USB Le sprint final. Le moment où les 2 belles et chères valises neuves (en polycarbonate pour le poids, et verrou américain) sont là devant moi et me demandent de faire le choix : j’emporte, ou je laisse. C’est nul une valise vide qui attend !

Je vais respirer quand elles seront pleines et fermées, enregistrées et en soute !

Pour donner un peu de folklore et rajouter à l’ambiance, je me suis fracturée un orteil le 24-10. Cela faisait longtemps que je n’avais pas goûté aux urgences du CH de Dinan ! de plus en plus nul ! Personne à l’accueil des urgences ! Pas un chat ! La secrétaire était partie déjeuner ! et personne pour la remplacer. Avec 2 autres patients, on étaient là " y a quelqu’un ? SVP " pendant au moins 20 minutes ! Il y a des problèmes de personnel dans les hôpitaux certes, mais celui de Dinan, c’est l’exemple qui confirme !

Enfin, un truc idiot qui m’a fait annuler une super soirée le 25 avec des amis.

Problème pour monter les escaliers et dans la maison il n’y a que cela, des marches ! Je vais emmener mes douleurs et mon orteil cassé à Papeete !

27 octobre 2008

Au revoir le Clos de la Forge !

J’aiterminé mon job à la DRASS de Bretagne le jeudi 23 octobre sur les chapeaux de roues .
Désormais je suis réfugiée dans ma maison d’Evran (22) qui est sans dessus dessous !
Depuis 2 mois j’ai vendu des meubles, tous les bibelots, les décos. Et il y en avait un max de déco avec ma passion pour la brocante et ma bretonnitude !

J’avais mis la maison en vente depuis le mois de mai. A vrai dire pas la bonne année, avec la crise de l’immobilier. Alors, j'essaie de laisser le moins possible de trucs à déménager aux enfants, si la vente devait se faire, ou si je décide de la louer, pendant mon séjour à Tahiti.

Depuis le décès de mon cher chien Max en février, je ne voulais plus rester dans ma campagne. 15 ans déjà ! Certes je vais regretter les fleurs de mon jardin, les cerises, les framboises, les confitures, et ce bon air de la vallée de la Rance.
Mais avant de décider Papeete, je voulais déjà tourner la page. Alors de ce côté, pas trop de nostalgie. Quoique ?

J’ai distribué les cerises à l’eau de vie à mes meilleurs amis (es) ainsi que les derniers pots de gelée de framboise.
Ma petite mamie Jeannine a pris tous mes pulls qu’elle dé-tricote pour en faire autre chose !
Je ne conserve que peu de choses, 4 ou 5 petites caisses qui vont aller dormir dans le grenier de la maison familiale, chez ma sœur Elisabeth.
Je trie, nous trions, ils trient, ainsi va la vie ! Souvenirs, souvenirs, c’est dans mon cœur que je vous garde, inutile d’encombrer les greniers !

22 octobre 2008

Le pot de départ à la DRASS-Bretagne

Le lundi 20 octobre j'ai invité les collègues à partager le verre de l'amitié avant le grand voyage.

Moments de gaieté et de grandes émotions.
Petits discours sympa, rires, bulles et petits gâteaux. Étonnement pour certains de me voir partir si loin, ceux qui me connaissent le plus, étaient moins surpris.

Je me demandais si je ne rêvais pas tout cela. Je n'ai jamais eu le goût pour ces réunions-cocktails, pourtant j'étais là, habillée en robe de mousseline légère, et tout ce monde joyeux trinquait pour fêter mon départ vers ...... l'inconnu.

Je regardais tous ces visages, je les imprimais au fond de ma mémoire. La plupart avaient partagé 16 ans de ma vie au bureau, d'autres beaucoup plus, 20 ou 30 ans.

Le record est tenu par Christiane, (à gauche sur la photo), que je connais depuis l'âge de 10 ans, pour avoir partager les mêmes classes d'écoles privées depuis la 6ème à la Roche Bernard chez les soeurs jusqu'à la classe de seconde à Saint-Nazaire (toujours chez les bonnes soeurs).
Les orientations scolaires nous ont séparées, puis la vie.
Nous nous sommes retrouvées 25 ans plus tard à Rennes. Elle suivait un stage de formation continue, que j'animais.
2 ans après je venais travailler dans le bureau voisin du sien ! Tristesse de la perdre à nouveau.

La vie aime jouer à cache-cache, mais cette fois-ci ne serait-ce pas pour toujours ?

J'ai reçu un très joli bijou - un collier en or fin orné d'un rubis- et des fleurs. Ils ont tous mis quelques lignes sur un 4 pages, des mots sympa, des clins d'œil.
Isabelle m'a écrit :
" dire que tu préfères le soleil polynésien au doux crachin breton, quelle faute de goût, chère Sylvie-Anne ! "
et d'autres très sincères tels " Comme tu vas me manquer.... " . Beaucoup de Kenavo bien sur.

C'est à vous tous et toutes, que je dédie ce blog, pour apporter, une touche de bleu lagon au bleu iroise, une touche de lumière tropicale à la bretonne grisaille et mettre des perles dans le crachin breton.
Dans mon coeur, je vais glisser un grand morceau de notre chère Bretagne et je ne vous oublierais pas. Promis !

la lettre de motivation

Voici ci-dessous le texte intégral de la lettre qui a décidé de ma nouvelle vie :
Rennes le 11 août 2008

Madame la Directrice,
J’ai pris connaissance de votre note décrivant le poste vacant au bureau des professions de santé au sein du département de planification et d’organisation des soins (DPOS) de la Direction de la Santé de votre Ministère.
C’est avec enthousiasme, et réelles motivations, que j’ai le plaisir et l’honneur de vous adresser ma candidature.
Ce poste nécessite une grande expérience dans les domaines de la planification, du contrôle, de l’inspection de l’offre de soins et des capacités rédactionnelles. Il exige également des compétences partenariales et managériales.
Je pense avoir acquis au cours de mes expériences professionnelles variées au sein du Ministère de la Santé, les capacités, connaissances et compétences requises pour occuper ce poste.
Ainsi mes missions m’ont permis d’œuvrer tant le domaine sanitaire, médico-social, que celui de la protection sociale. J’ai toujours privilégié le travail en conduite de projets et le partenariat, avec les établissements, les professionnels de santé, les organisations professionnelles ou associatives et les partenaires institutionnels. J’ai réalisé de nombreuses inspections sur site et j’apprécie les contacts de terrain.
Par ailleurs, ma qualification d’inspecteur responsable informatique et organisation (RIO) et mes connaissances en informatique, ont toujours été de précieux atouts. J’accorde une grande importance à la démarche qualité et à la simplification des procédures, pour accroître l’efficience des actions.
Cependant, je mesure l’importance d’une bonne adaptation à un contexte et un mode d’organisation du système de santé et de soins polynésien très différent de celui de la France Métropolitaine. Cette nécessité représente un challenge qui renforce mes motivations.
Je me suis longuement entretenue avec Mme B.........., ancienne titulaire du poste, et suis très motivée pour poursuivre ses missions et activités (répertoire Acces pour les professions de santé, rédaction des textes, mise en œuvre de la profession d’infirmier-consultant…)
Libre de toute attache familiale en France, je serais disposée à un détachement de longue durée, (2 ans renouvelables), pour mettre mes compétences au service de votre Direction.
Vous voudrez bien trouver ci-joint mon curriculum vitae. Je reste à votre entière disposition pour tous autres renseignements complémentaires.
Veuillez agréer, Madame la Directrice, l’expression de mes salutations distinguées.
Mme Sylvie-Anne GOUGEON

21 octobre 2008

la Sylvanie ! mon pays imaginaire


Samedi 18 octobre, je rends visite à Jeannine. C'est ma maman d'adoption dans ce pays de Dinan. Jeannine, une voisine que je connais depuis plus de 10 ans. Elle a fêté cette année ses 80 printemps. Avec Jeannine, on parle couture, chiffons, confitures, et fleurs du jardin.
Ensemble nous cueillons les groseilles et les framboises, effeuillons la rhubarbe. Pour tromper ses insomnies, elle fait des mots fléchés, des mots mêlés. c'est une hyper-active.

J'aime sa cuisine, sa galette. Je lui fais des terrines, des rillettes et de la confiture. Toujours chez Jeannine, un apéro pour trinquer ou un petit café pour faire la pause et bavarder. Nous allons dire bonjour aux lapins, féliciter la lapine de sa dernière portée.

Difficile de lui dire que bientôt je ne pourrais plus venir la voir. Il a bien fallu pourtant. Mais je n'avais pas trop parlé de la distance. Samedi je lui apporte des paquets de vêtements, rideaux et divers qu'elle va s'occuper de transformer, d'embellir, de fabriquer les poupées, des nounours pour ses arrières petits enfants.
Elle ne se rappelait plus le nom du pays ou je partais. Elle a dit à son fils que je partais en SYLVANIE ! Il lui a demandé où c'était, car il ne connaissait pas ce pays là !

Ella a noté sur un coin de papier : Polynésie, Papeete, Tahiti.
Elle penserait à Tahiti douche pour ne pas oublier ! Mais cela semblait si peu important la distance, et sereinement me dit "c'est pas grave, tu m'écriras" . Elle avait mélangé mon nom et celui de la Polynésie.
Jeannine m'avait inventé un nouveau pays rien que pour moi ! Nadège qui était présente me dit " c'est surement un beau pays fait pour toi maman, la Sylvanie". Nous avons rit de bon cœur, mais sans nous moquer.

Jeannine est abonnée à canal numérique, et regarde souvent Eurosports, sa chaîne préférée, elle sait aussi se servir d'un téléphone mobile, mais ne veut rien connaitre du Net ou de Messenger. Pour elle je resterais toujours la fille qu'elle n'avait jamais eue.

Bien sur ma petite maman Jeannine, que je t'écrirais souvent de Sylvanie et que tu seras toujours dans mon coeur pour l'éternité.

18 octobre 2008

La candidature

Le 9 août 2008, j'ai rédigé une lettre de motivation et mis à jour mon CV.
Dès ce moment j'ai eu la conviction que cela risquait de bouleverser toute ma vie.
C'est si loin la Polynésie ! Mais une envie folle, un désir immense que ce rêve se réalise. Consciente cependant de la concurrence et que ce n'était pas gagné ! Mais c'était plus fort que tout, je me devais d'aller jusqu'au bout de la démarche, et mettre toutes les chances de mon côté !
J'ai galéré. Pas évident de reprendre un CV à 54 ans ! Par contre pour la lettre de motivation, les idées, les mots sont venus très vite, et je n'ai plus rien changé. Ils coulaient, faciles, et ressentis. Pas de relectures, il fallait concrétiser ma décision de postuler.
Le Lundi 11 août, les mails partaient avec mes 2 pièces jointes ! Après ce fut l'attente, étrange moment de soulagement intérieur, ou il faut attendre le verdict, celui de la vie, du destin.
Le 22 août un mail m'attendait sur ma BAL pro. A 9 heures , j'ai lu j'ai compris et j'ai pleuré des larmes de joie. La vie me faisait signe, oui j'allais partir dans moins de 2 moins en Polynésie ! Le lundi 25 août, je n'avais pas encore vraiment réalisé et pourtant à 8 heures, j'étais dans le bureau de mon directeur régional pour lui annoncer mon départ. 2 heures plus tard, je roulais vers Boulogne sur Mer pour y faire ma dernière mission d'audit en France métropolitaine.
Pas d'auto-radio dans la C3 de fonction, aussi je me répétais pendant 500 kms, il faut faire tes valises pour Tahiti, tu t'en vas en Polynésie dans 2 mois ! En fait il m'a fallu au moins 15 jours pour réaliser et comprendre que ce lundi 4 août 2008, j'avais eu un rendez-vous avec ma destinée.