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9 septembre 2011

Un dimanche à Tubuai

Le vol sur Papeete (via Rurutu) est à 16 h. Vite il faut bien occuper les dernières heures à Tubuai. Xavier et moi souhaitons voir les sorties de messes (plutôt offices car c’est du 99 % protestant), aussi dès 9 h Wilson nous pose dans le village.



Nous aurons mille difficultés à connaître les heures exactes des offices. Pas grave, nous bavardons avec un groupe de jeunes filles, internes de Rapa.Elles ont de beaux visages très souriants et me parlent de leur île avec passion. Elles ne rentreront qu’à Noël par le bateau scolaire (une bonne idée le bateau scolaire, car je souhaite passer Noël à Rapa Iti, une semaine au moins).


Le temple ouvre ses portes. Ce dimanche ce n’est pas la grande assistance, Cela sera dimanche prochain (une fois par mois). L’église Sanito juste à côté ne compte que 20 présents. La religion ne fait plus recette dans les îles comme avant, sauf à Rimatara, l’île hors du temps ! Wilson nous récupère et avec les 4 autres pensionnaires, nous allons en balade. En premier lieu nous allons sur le chantier de fouilles archéologiques de notre co-pensionnaire Aymeric.Etudiant en archéo à l’UPF, il a obtenu une bourse et fait une thèse sur les ateliers de production d’herminettes à Tubuai dans les temps anciens. Ses travaux sont sur le Net, alors allez y voir, c'est passionnant. C’est top génial d’apprendre tout cela.

Wilson et Gisèle l'aident beaucoup et l'hébergent. Je fais gaffe où je mets les pieds car nous sommes dans un vrai chantier ! qui ne se visite pas d'ordinaire. Avec WIPA aita pea pea !

Puis nous filons autour de l’île et faisons un stop chez un sculpteur.
Sur le mur du fare, je découvre une curiosité botanique : un asparagus en graines ! En pleine santé ! L’asparagus est la plante de ma petite enfance, car maman en cultivait un énorme qui tapissait la véranda d’hiver dans la maison de la Roche Bernard (56). Il faisait sa fierté et était largement amputé à chaque noce dans le canton, pour le bouquet de la mariée, d’autant plus que maman cousait les robes de mariée des jeunes filles des environs.
Aucune photo, mais des tonnes de souvenirs nets et précis. Cet asparagus a joué les sapins de Noël une dizaine d’années de ma vie de petite fille. J’aime immodestement cette plante.
Je pense avoir raconté toutes les plus belles émotions de Tubuai, mais il en reste encore. Je quitte les Australes à regret. Je connais 4 îles désormais. Plus que jamais j’ai envie d’aller voir la 5 eme, Rapa Iti (36 heures de mer de Tubuai) au plus vite. Pas facile, mais pas impossible pour une bretonne qui aime la mer, les îles Australes de la Polynésie.
Dernière image de la plage orange de Tubuai que je dédie, ainsi que l'ensemble de mes 7 articles sur Tubuai, à mes deux cheres lectrices amoureuses de Tubuai, Elisabeth la montagnarde qui y a vécu quelques années et Kokie la rennaise qui est née à Tubuai. Trop belle votre île les vahine. Nana.

7 septembre 2011

Tubuai, les mutinés de la Bounty et Fort George

Le 23 décembre 1787, un navire de Sa Majesté, le Bounty appareille du port de Spithead, en Angleterre. Sa mission : récupérer à Tahiti des plants d'arbres à pain pour nourrir – à peu de frais – les esclaves de la Jamaïque.

A la barre, le commandant William Bligh. Excellent marin, mais tyrannique, il est à l'origine d'une des plus célèbres mutineries navales. Après un voyage harassant, de l'Atlantique au Pacifique en passant par l'Océan Indien, le Bounty mouille dans la baie de Matavai, à Tahiti, en octobre 1788.

A l'est, la pointe Vénus bordée par une longue plage de sable noir volcanique, à l'ouest, les falaises taillées au silex du col du Tahara'a.
James Morrisson, second maître à bord, écrit : «De nombreuses montagnes surgissant de la mer s'élèvent progressivement jusqu'à former un massif montagneux au centre de l'île. Ces montagnes sont divisées par d'innombrables vallées très verdoyantes (...) et laissent apercevoir d'innombrables cascades d'un aspect charmant.»

Avril 1789, le Bounty, bourré de boutures, lève l'ancre et file plein est. La mutinerie, menée par Fletcher Christian, éclate au large des îles Tonga le 28 avril. William Bligh et une vingtaine de fidèles sont débarqués sur une chaloupe.

Un mois après la mutinerie à bord, les mutins s'arrêtent à Tubuai sur le chemin de retour vers Tahiti. L'île se situait alors à la limite des terres connues et Cook l'avait décrite comme n'ayant pas de mouillage convenable, deux critères qui furent certainement déterminants dans leur choix.


De leur première rencontre avec les insulaires, le 29 mai 1789, le premier contact se transforme en massacre, 12 insulaires sont tués dans ce qui est appelé aujourd'hui "la baie sanglante", face à la passe, au nord-ouest de l'île. Fletcher décide de revenir s'y installer, après avoir fait provision de cochons, chèvres, poulets à Tahiti. " L'île produit des uru (arbre à pain), des noix de coco, des ignames, taro, bananes et, en général, tout ce qui est commun aux îles de la Société ; le récif abonde en poissons et en grosses tortues. Le mûrier à papier atteint ici une plus grande taille, bien qu'il ne soit pas cultivé.... L'île est arrosée d'innombrables petits ruisseaux descendant des collines, et qui, étant endigués pour la culture du taro, offrent un abri aux très nombreux canards sauvages. On y trouve aussi des anguilles, des chevrettes et un petit poisson de l'espèce des gobies. L'île est très fortement peuplée et peut avoir 3 000 âmes ; leur couleur est semblable à celle des indigènes des îles de la Société mais ils sont plus robustes et leur aspect est plus sauvage, ce qui est accentué par le turmeric (rea, curcuma) et l'huile qu'ils utilisent pour colorer leurs tissus, ce qui leur donne un aspect jaune déplaisant. Les hommes portent les cheveux et la barbe de différentes façons, selon leur fantaisie."
Après un voyage de ravitaillement à Tahiti, Le Bounty est donc de retour le 23 juin 1789 à Tubuai. L'équipage débarque une partie du bétail sur l'île et le reste sur les motu. Le bétail détruira les cultures. Suite à l'échange de quelques plumes d'oiseaux rouges, les marins anglais acquirent une parcelle de terrain située sur les terres du roi Taroatoa et s'y installent.

Mais se sentant menacés par leurs premiers amis, ils construisent un fort qu'ils baptisèrent Fort George, du nom du roi d'Angleterre de l'époque.

La construction du fort débute le 18 juillet, carré de 100 m de coté avec une tour de guet à chaque coin et entouré d'un profond fossé, avec un pont-levis comme seul accès. Le projet est ambitieux et les travaux n'avancent guère. Les hommes manquent de vivres. Toutes les femmes se délectent à provoquer les travailleurs pendant la journée, pour s'esquiver ensuite, aussitôt que le travail cesse.
Les relations avec les habitants de Tubuai se dégradent rapidement, au point de conduire à une bataille rangée, durant laquelle 68 insulaires furent tués. Hélas, ces troubles et la mésentente entre les mutins, amenèrent Fletcher à proposer un référendum afin de statuer sur le maintien de leur colonie. Une majorité des hommes choisit de retourner à Tahiti, en laissant le fort quasi achevé. Le 17 septembre les mutins quittèrent Tubuai pour Tahiti, et de là, pour leur destination finale, Pitcairn.
Fletcher comet des erreurs qui provoquent une véritable guerre contre une partie de la population. Quand la Bounty quitte définitivement Tubuai, le 14 septembre 1789, l'île est en partie dévastée et la guerre a fait de nombreuses victimes.
A la pension, il y a un boulet de canon du Bounty. J’essaie de le soulever.

C’est impossible ! il fait au moins 20 kilos.
3 films ont retracé la mutinerie du Bounty. Un seul a marqué la Polynésie, celui de Lewis Milestone. en 1962. Les équipes de la MGM ont envahi la pointe Vénus pendant des semaines. Et puis, Marlon Brando a formé un couple mythique avec une tahitienne, Tarita Teriipaia, la grand-mère de Tuki, le beau gosse de Versace.
Enfin, Marlon, s'est offert l'atoll de Tetiaroa en 1966.

Les légumes de Tubuai

Wilson nous emméne visiter le marae taputapuatea ainsi que le marae Hariitaata ou marae Tamatoa (selon les écrits de Morrisson, lors du passage de la Bounty à Tubuai). Ce marae servait essentiellement pour les naissances royales, les femmes accouchaient adossées à une pierre prévue à cet effet,Durant le temps que durait l'accouchement, les membres de la famille royale et leurs invités se tenaient sous un grand arbre, dont le pourtour était pavé de pierres taillées et assemblées avec soin. L'accouchement était rythmé au son des chants et danses qui accompagnaient invariablement tout événement. Une fois l'enfant mis au monde, on coupait son cordon ombilical, on récupérait alors le placenta et on l'enterrait au pied d'un arbre (tumu fenua), tradition toujours respectée de nos jours.

Nous traversons les champs de légumes, pommes de terre, carottes, choux, taro.
Il y a encore une dizaine d’années plus de 1200 tonnes de pommes de terre, 400 tonnes de carottes et autant de choux, approvisionnaient chaque année les étals des marchés et les magasins de Tahiti. Ces productions apportaient un revenu ou un complément de revenus à une centaine de familles de Tubuai. Une épidémie a ravagé les plantations de pommes de terre et il a fallu traiter les champs. La concurrence extérieure a cassé le marché et aujourd’hui, seuls quelques vaillants agriculteurs exportent 300 tonnes de pommes de terre, 100 tonnes de carottes et 10 tonnes de choux chaque année. La période de production s’étale de septembre à novembre et procure un peu de travail saisonnier aux jeunes de l’île (récolte, lavage, tri, conditionnement des carottes) .
Le transport se fait par le Tuhaa Pae II.

6 septembre 2011

Le Tuhaa Pae II , bateau des Australes

Le vendredi 19 août, le bateau Tuhaa Pae II est au quai de Tubuai pour quelques heures.
Wilson, nous y conduit avec Xavier, le barcelonais
La Compagnie maritime (Société de Navigation des Australes) Tuhaa Pae II dessert régulièrement les Australes.
Le navire permet l’approvisionnement en denrées périssables des commerçants des iles.
Fruits, légumes ainsi que des matériels encombrants ne pouvant être transportés par avion, sont acheminés.

La compagnie assure également le transport de passagers. A titre info, le prix des billets de Papeete à Rimatara est de 4046 F (34 €) en couchette pont simple, 7789 F (66 €) en couchette cabine et 23.361 (196 €) en couchette cabine tout confort. Je présume qu’il y a au moins 24 heures de navigation.
À l’origine, en 1980, le Tuhaa Pae II, avait été certifié pour 140 passagers, capacité réduite au fil des ans à 125, puis 24, et en 2005, il devenait simple caboteur, avec 12 passagers.
Voilà plus de 30 ans que ce bateau dessert les Australes. La relève arrive !

Le Tuhaa Pae IV est presque prêt. (prévu depuis 2006 il aurait du être en service en 2009 !) Il pourra accueillir 100 passagers.
Le Tuhaa Pae IV est plus gros que le Tuhaa Pae II : 76 m de long contre 60 m, et 13 m de large contre 12 m, avec un tirant d’eau limité à 3,80 m à pleine charge, soit 2 180 tonnes. Le navire est aux limites des conditions d’accueil des îles Australes. Propulsé par deux hélices, il bénéficie d’une plus forte puissance, 1 300 ch par moteur, le double du Tuhaa Pae II, et plus de 12 nœuds en service, contre 10. Des gains substantiels de temps sont donc attendus.
Cela sera aussi l’Aranui des Australes. Belle croisière en vue !
De Tuhaa Pae II, l’armateur passe à Tuhaa Pae IV. Un caboteur de Tahiti a déjà porté, sur une très courte période, le nom de Tuhaa Pae III. Il s’agit de l’actuel Vaeanu.
Wilson nous indique que c’est le dernier voyage ou presque du Tuhaa Pae II.
Belle retraite au Tuhaa Pae II et maeva le Tuhaa Pae IV.

5 septembre 2011

l'après Oli à Tubuai

Le 5 février 2010, le cyclone Oli a survolé la Polynésie française.
L’île de Tubuai était sous l’œil du cyclone et a connu de gros dégâts matériels.
De nombreuses habitations se sont retrouvées sans toit, voire totalement détruites. Voici ce qu’il reste d’un restaurant du bord de mer 18 mois après !
Les grands aito en bordure de mer, face au collège ont été arrachés. Les bâtiments ont aussi souffert.
Un programme de 200 nouveaux fare dits MTR ont été installés avec les fonds spéciaux.

Ces fare pinex, habitations en kit toutes identiques, Wilson les appelle "les baraques Obama". ….pour la simple raison que cela fut une sombre période ! (HumourWIPA)


Bien sûr, que certains déjà très pauvres et très mal logés, ne possédant pas de terrain pour y mettre la baraque providentielle, sont restés dans leur amas de tôles insalubres. Wilson nous a montré quelques exemples, dont la décence et la dignité, m’interdisent de publier ici les photos.
Les polémiques vont bon train en effet mais elles peuvent aussi diviser durablement les habitants. Les cyclones ne ravagent pas que les habitations hélas !
Je suis quand même assez stupéfaite de constater que les efforts de reconstruction et de replantation ont été immédiats. Les traces sont trop visibles, même plus d'un an après, j'étais obligée de vous en parler. Cependant, faisons le pari que vite, très vite, Tubuai oublie Oli.

Les motu de Tubuai

Nous sommes 6 à la pension (dont 3 résidents de Papeete). Malgré la pluie de la nuit, le temps est superbe ce samedi matin, donc la sortie lagon avec pique-nique au motu est au programme. Nous piaffons d’impatience. Wilson calme la situation avec son proverbe préféré "toi tu as la montre, moi j’ai le temps… " Soit !
Wilson accroche le grand bateau au camion et nous allons au quai.
Le lagon a des couleurs bleues laiteuses vues nulle part ailleurs.Nous sommes seuls sur le motu et Wilson et ses deux aides préparent le déjeuner, pendant que nous découvrons les lieux, où flânons au soleil et dans l'eau cristalline. Je pars flâner autour du motu.
Les bénitiers sont énormes. Je trouve aussi de belles éponges couleur fluo.
Lire à l’ombre légère d’un cocotier, les pieds dans l’eau avec une Hinano bien fraîche, c’est ma position préférée sur un motu. Les heures s'écoulent très agréablement.
Nous quittons les lieux, laissant le motu à son calme paisible. En rentrant, Wilson nous conduit sur un grand banc de sable au milieu du lagon. Avant le cyclone Oli, (5 février 2010), on ne voyait que le sable. Depuis, les chaines de récif corallien fossile sont apparues. Ces traits de rochers sont plus rectilignes que des rails de chemin de fer. Nous baladons au milieu de nulle part entre ciel et eau. Nous rentrons. Wilson sort le bateau de l'eau. Nous rentrons à la pension, gorgés de soleil et satisfaits de cette belle journée.
Encore de nouvelles découvertes nous attendent le dimanche du retour.
A suivre.

1 septembre 2011

Tubuai, ile de l 'abondance

Tubuai est située à 640 km au sud de Tahiti. C'est l'île la plus peuplée des Australes -Tuhaa Pae en tahitien. 2044 habitants répartis sur 45 km². Mataura, avec ses 1000 habitants est le village principal de l'île, situé sur la côte nord où se regroupent commerces, mairie, écoles, centre médical, gendarmerie et aéroport.L'île est aussi le centre administratif et économique de l’archipel des Australes. L'île a de nombreux plateaux favorables à la culture des fruits et légumes dont le taro, les pommes de terre, la carotte..
Tubuai est une île volcanique de forme ovale se distinguant par son relief constitué de 2 chaînes volcaniques, dont le mont Taita culminant à 422 mètres.
Une route traverse l'île de Mataura à Mahu, et de nombreux sentiers, accessibles à vélo ou en 4x4, serpentent dans les vallées. Une route bien bithumée fait le tour de l'île.

Vue d''ensemble de Tubuai photographiée du motu le samedi.



Sur la côte nord-est il y a le site du fort George des mutinés du Bounty,
Si James Cook a été le premier européen à explorer Tubuai en 1777 durant son premier voyage à Tahiti, 12 ans plus tard (juin-septembre 1789) Fletcher Christian et les mutinés de la Bounty tentèrent de s'y établir au fort George. Mais après d'intenses combats, ils quittèrent finalement l'île pour Tahiti, puis Pitcairn. Le fort étant en bois. il ne reste rien bien sûr.
Sur la côte sud, proche du village de Mahu, l' ermitage de Sainte-Hélène et le monument funéraire de Noêl Ilari, ancien président de l'Assemblée territoriale de Polynésie française.
Tubuai a un lagon aux eaux turquoises magnifiques - 3,5 km de large - parsemé de plusieurs motus.
Tubuai a été convertie au protestantisme en 1822, puis les mormons arrivèrent en 1844 et les catholiques en 1908. La France annexa l'île en 1881, après Pomaré en 1842.
A Tubuai pas de feu à l’aéroport comme à Rimatara.

Patience, j'attends juste ma valise avec un collier de tiare à l'odeur envoûtante autour du cou .
Short, tongs et casquette, c'est ma tenue des îles, celle que je préfère où je suis zen.

Wilson le patron de la pension, nous attend de pied ferme. Programme serré pour ces 3 jours à Tubuai qui vont être mémorables !

La devise de Wison étant WIPA = Wilson Intervient Partout aux Australes !
Difficile d'imaginer les frasques et les bons mots de Wilson.

Je vais tenter de vous les raconter de mon mieux.

A suivre.