L’histoire : Quel est le rapport entre le départ mouvementé d’un ferry dans le port d’Auckland un soir de tempête, un avocat privilégié et indécis devenu policier, une volcanique beauté maorie revendicatrice, un aide social tahitien boxeur et une créature androgyne de Huahine ? Voyage guidé dans le Pacifique Sud où derrière des paysages paradisiaques se cachent la violence, la misère et ceux qui voudraient bien se faire oublier. Des charniers des Balkans à l’enchanteresse Polynésie et la spectaculaire Aotearoa, le périple sanglant d’une vraie calamité. La vieille Titiwainui, oracle aveugle, l’a senti passer lors du tangi hangi, les funérailles maories. Elle l’a nommée Pakepakeha, une blanche et inquiétante apparition. Plus prosaïquement un tueur psychopathe entêté. Mais peut-être a-t-il fait l’erreur de défier les Maoris sur leur territoire ?
Après avoir longtemps vécu à Tahiti , Marc Stéphan est parti pour la Nouvelle-Zélande en 1996. Terre de feu, terre de glace, ce pays qui n'en a pas fini de régler ses comptes avec le passé, représente, pour l'auteur, le berceau de l'Océanie. Le Pacifique Sud prend sa source et se régénère à Auckland selon lui, c'est là que se trouve l'authentique esprit Maori. C'est à Auckland que Marc Stéphan a trouvé "le souffle" nécessaire pour écrire son roman qui nous emmène de la capitale néo-zélandaise vers Tahiti ou Huahine. L'auteur reconnait que la distance l'a aidé à construire ce roman, qui pose sur Tahiti un regard bienveillant, amical, presque familial, parfois nostalgique.
Court extrait
Auckland, octobre 1999
Ferry pour Wahieke
En cette froide soirée d'hiver de fin de siècle, les rafales de vent et de pluie de la mer de Tasmanie prenaient méchamment Quay Street en enfilade et secouaient les quelques quidams qui, stoïques, attendaient que le feu passe au vert. Il y avait peu de circulation sur la chaussée détrempée. Personne ne s'aventurait à traverser sous les yeux de la rugueuse statue du guerrier maori recouvert de son kaitaka, son ample manteau traditionnel de plumes. Du haut de ses trois mètres, il en imposait dans ce décor de béton. Gardien idéalement placé pour signifier que l'on devait composer avec la présence gênante et culpabilisante des ancêtres dans cette contrée pleine de sombres souvenirs. L'injustice avait fait son temps.
Le temps justement, déplorable ce soir-là, confortait cette idée. La géologie tectonique, substitut moderne aux croyances anciennes quand les massifs montagneux régnaient en dieux, expliquait moins poétiquement que, si à la naissance de la Nouvelle-Zélande, cela avait pété plus fort du côté de la future Auckland, il y aurait peut-être eu trois îles au lieu de deux. La deuxième capitale historique se situe sur un isthme et ce ne sont pas de modestes mamelons herbeux baptisés volcans qui ont donné leurs noms anglais aux quartiers de l'agglomération, qui peuvent gêner les colères de la violente mer de l'ouest.
Le groupe, libéré par le petit bonhomme vert, traversa rapidement l'avenue. Les passants trottinaient courbés, à petits pas pressés vers le Ferry Building et sa façade couleur moutarde anglaise d'un pot que l'on n'aurait pas refermé depuis longtemps. Les piétons se dirigeaient vers le Cin Cin restaurant ou au Harbour Side, à l'étage, la plupart s'engouffrant sous l'arcade menant au quai des ferrys où les bateaux dansaient nerveusement en martyrisant leurs aussières. Un avis de tempête prévint les passagers de ce qui les attendait dans cette nuit gelée s'ils osaient traverser vers Wahieke Island, ses plages et ses vignes. Si ce n'était pas la bonne saison pour visiter l'île, les résidents, eux, n'avaient pas le choix malgré l'heure tardive et les intempéries. On devait bien rentrer à la maison......
1 commentaire:
le livre que tu présentes,je viens juste de le commencer,j'espère me régaler.
Bises à bientôt.
Odile
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