3 décembre 2011

Le Tuhaa Pae II, poumon des Australes

L'article suivant a été publié dans le journal La Dépêche le dimanche 4 décembre 2011 :
Les textes en italique et en police marron, n'ont pas été publiés faute de place ! C'est un plus pour les lecteurs et lectrices du blog qui ont 16 photos au lieu de 3.



RIMATARA : Desserte du cargo mixte.

Le Tuhaa Pae II apporte un souffle de vie.



"Samedi 26 novembre, la goélette cargo mixte Tuhaa Pae II, est arrivée au large du quai de Rimatara à 4 h du matin. Le navire doit repartir pour Papeete en direct dans l’après midi. C’est un jour important où toute l’île est mobilisée. Tout un chacun attend avec impatience son fret, espéré depuis de longues semaines.


30 ans d’îles Australes
Le navire appartient à la SNA (Société de Navigation des Australes). Il assure aussi le transport de quelques passagers. À l’origine, en 1980, le Tuhaa Pae II, avait été certifié pour 140 passagers, capacité réduite au fil des ans à 125, puis 24, et simple caboteur, avec 12 passagers en 2005. Le Tuhaa Pae II mesure 60 m de long 12 m de large, a une puissance, 650 chevaux et une vitesse de 10 nœuds en service. Voilà plus de 30 ans que ce bateau dessert les Australes. Mais la relève arrive !
Le Tuhaa Pae IV, presque prêt, est annoncé pour janvier 2012. Il pourra accueillir 100 passagers. (50 en cabines de différentes classes, et 50 en sièges pullman) De Tuhaa Pae II, l’armateur passe à Tuhaa Pae IV, en effet un caboteur de Tahiti a déjà porté, sur une très courte période, le nom de Tuhaa Pae III. Il s’agit de l’actuel Vaeanu.

Le ballet incessant des baleinières
Le quai de Rimatara se trouve à 2 kms du village principal d’Amaru. Dès 4 h, c’est le défilé des 4 x4 sur la route qui longe le littoral jusqu’au quai. Le jour n’est pas encore levé.
Le bateau ne peut pas venir à quai, car la passe n’est pas assez large (moins de 80 mètres),aussi dès le lever du jour, ce sont les deux baleinières du Tuhaa Pae qui feront toute la journée d’incessants allers retours dans la passe sur une mer très agitée. J’ai vu ce bateau à quai à Tubuai en août 2011, mais le déchargement par baleinières à Rimatara, est un spectacle beaucoup plus impressionnant.
L’arrivée du bateau se prépare la veille. Ainsi la mairie transporte sa grosse drague (pelle mécanique) sur la darse (1). L’engin avance sur des chenilles et met 2 heures pour faire les 2 kms qui séparent Amaru du quai de l’île. Dès 7 h 30, je suis au quai et j’y passerais la matinée.
La vieille, le quai était désert. Là, c’est une armée de 4 x4, venus des trois villages de l’île, qui a pris place. Ils se sont rangés en respectant une bonne distance de sécurité pour les opérations de manutention de la pelle élévatrice. Les consignes sont connues et respectées.
Toute une foule gaie et colorée s’agite. Les gendarmes sont également présents, ainsi que des employés communaux qui assurent les manœuvres à quai. Les hommes consultent les listes que le subrécargue (2) leur a remis et qui contiennent la description de leur colis. Une roulotte a pris place et vend sandwichs et boissons fraîches. Les baleinières sont pas mal secouées dans la passe et le navire gite pas mal. Les fûts d’essence (drums) vides, sont embarqués par la baleinière.Ils ne sont pas remontés dans le bateau, mais directement remplis à la pompe dans la baleinière. Un 4 x 4 dans la baleinière
Georges, chef des services technique de la commune, me dit de bien surveiller, car un véhicule va être débarqué sur la baleinière. C’est le seul pour aujourd’hui. Je vois le 4x4 gris, sortir du bateau et se balancer au dessus des vagues, pour se poser dans la baleinière, où il a tout juste sa place. Georges m’explique que les baleinières ont été conçues selon cette longueur.
Au-delà de cette dimension, c’est le bateau Tahiti Nui, qui apporte les gros engins et les débarque sur la pente du vieux quai. La voiture est ensuite attachée aux chaines de la pelle élévatrice, qui va la déposer en douceur sur le quai, à la grande joie de son heureux propriétaire
.Celui ci a apporté de nombreuses couronnes de fleurs et de beaux paréos pour les sièges, pour fêter son arrivée. Les curieux applaudissent. C’est la fête, tout s’est bien déroulé. Les marins du Tuhaa Pae II sont vraiment des pros et ils se jouent des grosses vagues et de la houle.
Le ballet des baleinières se poursuit sans interruption de nombreuses heures encore. C’est le tour des denrées, caisses de boissons, électroménager, matériaux…. etc.


Le retour vers Papeete
Je reviens après le déjeuner pour assister au chargement cette fois.
Les fûts bleus remplis de noni, sont chargés dans la baleinière qui rapporte des futs vides pour la prochaine fois. On embarque des régimes de bananes et des sacs de taro qui seront vendus sur le marché de Papeete. Le bateau rentre en direct à Papeete, sans escale (36 h de mer minimum), les habitants en profitent pour envoyer des glacières à la famille de la grande île de Tahiti (citrons, poissons, taro, carottes, rouleaux de pandanus…), car le fret est beaucoup moins cher que par l'avion. Peu à peu le quai se vide et le bateau s’en ira sans bruit. Les trois épiceries de l’île vont se remplir durant la nuit. Avec bonheur, dès dimanche matin, les habitants iront voir les nouveautés et les étagères bien garnies.
Les constructions en attente de matériaux vont pouvoir reprendre dès lundi. Le Tuhaa Pae a apporté comme un grand souffle de vie dans l’île.
(1) La darse est un bassin dans le port
(2) Le subrécargue est la personne qui représente à bord d'un navire, le propriétaire de la cargaison (le chargeur) ou l'armateur ou encore l'affréteur à temps. Il a autorité sur tout ce qui touche la cargaison: son chargement, son suivi durant le voyage
.

2 décembre 2011

Découvertes botaniques à Rimatara

La végétation est luxuriante et c’est un plaisir de découvrir toutes ces fleurs et arbres. Tout d’abord, dans les jardins des fare et de la pension, je photographie de jolies fleurs. Un hibiscus orange énorme, des amaryllis généreux, des épines du Christ bien fleuries. Ainsi que cette superbe fleur blanche et mauve. Est-ce un hibiscus ?
Le grand laurier rose des voisins est magnifique. Je n’ai pas su le nom de ce bel arbuste aux petites fleurs jaunes. Les arbres fruitiers sont très productifs, les papayes sont énormes. Les bananiers sont pleins de régimes, les grenadiniers ont des fruits bientôt murs. Sauf les lychees qui sont rares, les arbres ne donnent qu’une année sur deux. La rousserole, oiseau endmique de Rimatara, (oromao) se plait dans les orangers.
Georges fils, me conduit à la tarodière. Les taro sont grands et superbes. Voici le vieil hotu du village d’Anapoto. Ces arbres poussent aussi sur les feo (ceinture corallienne sur l’île) et les ura nichent dans les trous des troncs de hotu.
Encore une dernière balade sur la plage de l’anse de Motuaura et celle des sables roses.
L’amplitude diurne est grande, ainsi il fait jour à 4 h45 et nuit qu’à 19 h. C’est l’été. Le jour le plus long sera le 21 décembre. Le soleil se couche dans les pistachiers. La nuit va enfin arriver. Nana.

Première exposition de l'artisanat Paumotu

C’est le premier salon artisanal de l’archipel des Tuamotu-Gambier qui se tient cette semaine dans les locaux de l’ancienne APF (assemblée de Polynésie française).
Ce salon a un joli nom : "Toku Kaega te ora" et a pour thème "mon île, ma terre, ma vie".

C’est une association de Fakarava qui a réussi à regrouper 48 artisans de 24 associations et de 13 atolls différents (Fakarava, Makemo, Takaroa, Tatakoto, Niau, Reao, Pukarua, Faaite, Hao, Napuka, Anaa et Vahitahi ainsi que l’île de Rikitea)
Je m’y suis rendue le jeudi 1 décembre et j’ai pu admirer les belles réalisations de coquillages, colliers, suspensions, bracelets, objets de décoration en porcelaines assemblées.
Voici des vêtements en tapa (écorces). Il n'y a que des perles aux Tuamotu-Gambier ! J'ai trouvé un timbre poste de 2004 qui évoque cet artisanat. C’est une vraie réussite, ce premier salon paumotu. Nana.

le grand tiki de la pointe Vénus

Lors du mini festival des Marquises à la pointe Vénus à Mahina, les sculpteurs ont réalisé un énorme tiki de 3 mètres de haut.

Il a été terminé le 27 novembre. Etant à Rimatara, Carole y est allée et a pris la photo du tiki terminé. Quelques finitions complèteront l'oeuvre. Mauruuru Carole.

1 décembre 2011

Le tressage du pandanus et la sculpture de Rimatara

Rimatara est connue pour son artisanat du tressage du pandanus (raufara).
Dès vendredi j’ai eu la chance de rencontrer Purotu, une jeune tahitienne qui travaille dans les assurances et était en déplacement à Rimatara. Je l’ai accompagnée (à vélo) chez ses clients dans les 3 villages et j’ai pu voir les mamas à l’œuvre, obtenir plein de renseignements et passer mes commandes que j’ai récupérées mardi soir. Il s’agit du pandanus à feuilles longues (l’autre pandanus, à feuilles courtes, est uniquement utilisé pour la couverture des fare). Ces feuilles, d’une largeur d’une dizaine de centimètres et d’une longueur de 2 mètres environ, sont débarrassées de leur nervure centrale puis grossièrement tressées ensemble pour un séchage de 3 semaines à un mois.
Elles sont d’abord pendues au toit de maisons ou dans les arbres avant d’être étalées sur le sol. Une fois séchées, les feuilles sont enroulées les unes sur les autres, pour former des rouleaux de 40 cm de diamètre environ soit une cinquantaine de feuilles par rouleau.
Le pandanus peut être blanchi en l’ébouillantant avec de l’eau très citronnée et du jus de papaye.
Il faut environ 2 ans pour qu’un pandanus puisse donner des feuilles utilisables en vannerie.
Le rouleau de pandanus se négocie aux alentours de 1200 Fcfp à 1500 F Rimatara. Pour certains articles, on tresse également les jeunes feuilles du cocotier (niau), le bambou local (ofe) .Les tapis (peue) (prononcer péoué), les chapeaux, et surtout les paniers constituent l’essentiel de la production.
Le peue est un rectangle de 2,5 par 2,3 m. Il existe 2 façons différentes de tresser les peue : Le tressage large et le tressage fin, (plus esthétique). Le travail se fait généralement en équipe de 2 ou 3 femmes. Il faudra une journée pour réaliser un peue de taille standard. (15 000 à 5000 Fcfp à Rimatara).
Le plus classique, le plus simple et le plus vendu des paniers; est le "panier marché", mais il existe aussi de jolis petits paniers qui font des petits sacs à main très solides. Purotu pose avec ses trouvailles. Il faut à peu près 3 jours pour réaliser un chapeau. La première étape consiste à fabriquer des tresses. Il en faut une vingtaine de mètres. C’est le travail le plus long. Ces tresses sont ensuite cousues ensemble, à la machine. Des chapeaux plus simples, pour la vie quotidienne, sont tressés à la main directement sur gabarit.
J’ai acheté une jolie couronne en écorces : les écorces jaunes sont du tira, les blanches et marron sont du purau et des trognons de bananes pa’a fei. C’est très joli et elle se gardera des années.
Les colliers de coquillages (pupu), (coquillages ramassés par temps de pluie), sont réputés pour leur élégance et leur diversité de couleurs (jaune, blanc, noir, marron).
La sculpture sur bois des Australes, encore méconnue, est d'une grande finesse. Ici le symbole de l'île la perruche rouge ura. elle est dorénavant enseignée au CJA (Centre des Jeunes Adolescents) qui perdure ainsi cet art devenu rare. Georges m’a emmenée visiter ce centre qui accueille 10 jeunes actuellement. J’ai été séduite par ces fines sculptures, spéciales de Rimatara. Paniers, sculptures, colliers, un artisanat séduisant et quelques kilos de plus dans la valise du retour ! Nana.