31 août 2011

La perruche Ura de Rimatara

Commençons par une belle légende (source : site de Tahiti Héritage) : Autrefois, la marouette Moho était l'oiseau le plus beau de tous ceux qui peuplaient l'île de Rimatara et tous l'admiraient pour ses couleurs chatoyantes. Son plumage multicolore était rouge, bleu, vert, jaune…
La perruche Ura était grise et terne, personne ne l'appréciait malgré ses cabrioles dans les fleurs de bananiers et ses sifflements aigus.
Le Ura devint triste et jaloux du Moho : sa beauté l'obsédait, il fallait qu'il obtienne d'aussi belles plumes que celles de son rival. Mais comment s'emparer des couleurs du Moho, toujours en éveil ? Il fallait ruser et profiter d'un moment opportun. Guettant le bel oiseau, le Ura attendit que celui ci s'endorme pour sa sieste pendant les heures chaudes de la journée. S'approchant sans bruit il commença par s'emparer du vert des ailes, puis s'enhardissant il subtilisa le jaune du dos. Le Moho ne bougeant toujours pas, il lui prit le rouge de la poitrine. Encore quelques minutes et il volait le bleu de la tète. Mais alors qu'avant d'en finir avec l'orange des pattes, il voulait prendre la couleur rouge des yeux, le Moho sentit le bec du Ura sur sa paupière et se réveilla brusquement. Il vit ce qui lui était arrivé et se trouvant honteux sans son magnifique plumage fila se cacher dans le marécage.
Depuis ce jour le Moho gris, qui a gardé son œil rouge et ses pattes oranges ne se montre plus aux autres animaux et reste terré sous les hautes herbes ne sortant qu'au crépuscule pendant que le Ura batifole haut dans les branches piaillant à tue tête pour attirer l'attention et faire admirer sa beauté.
Il y a plusieurs autres légendes toujours aussi belles. Soyons plus sérieux et parlons de ce Lori de Kuhl.

Le Lori de Kuhl appelé "ura" est une petite perruche endémique de 18 cm qui appartient à la famille des “lori”. Il a un plumage de plusieurs couleurs : vert, jaune, rouge clair, rouge foncé, violet, une longue queue vert-rouge, un bec jaune foncé et de petites pattes jaunes. C'est pour cela qu'il est appelé «Te Uravaero e te Moho » (voleur de couleurs) espèce endémique menacée qui n'était plus présente en Polynésie que sur l'île de Rimatara, dans l'archipel des Australes, où sa population totale atteint les 1000 d'individus. Le ura n'est jamais seul et se déplace toujours en couple. Les anciennes parures de chefs Polynésiens étaient autrefois en grande partie réalisées en plumes rouges de Ura, cette espèce vivait dans les forêts tropicales des Kiribati, de Polynésie française et des îles Cook, mais dans l'ensemble de la Polynésie, l'oiseau qui les porte avait déjà disparu à l'arrivée des premiers explorateurs européens, au XVIIIème siècle. Il était trop chassé pour ses plumes. Seule, l'île de Rimatara - grâce au respect d'un tabu édicté par sa défunte reine et ancêtre Tamaeva Vahine (1893-1923) – a pu conserver une population de ces oiseaux aujourd'hui classés "en danger d'extinction" sur la liste rouge de l'Union Mondiale pour la Nature (UICN). Cet oiseau fait un bruit du genre chuintement et est essentiellement frugivore et nectarivore. Il se plait sur les fleurs de bananier dont il se régale du nectar. En avril 2007, dans le cadre d'un programme de sauvetage de l'espèce, la Société d’Ornithologie de Polynésie, Manu, avait réalisé la translocation de 27 loris de Kuhl de Rimatara (archipel des Australes) à Atiu (Îles Cook). En juillet 2010, 8 élèves de CM1 et CM2 de Rimatara ont effectué le voyage vers Atiu afin de découvrir le nouvel environnement de ces oiseaux endémiques de Polynésie.
Une plaque gravée commémore cet échange entre les deux îles. Le frère du ura existe à Ua Huka (Marquises). C’est la perruche bleue de Ua Huka, le pihiti.(lori ultramarin). Ua Huka et Rimatara sont les deux seules îles polynésiennes où le rat noir européen, grand prédateur, est absent. (seulement le rat gris polynésien) .
Pour les passionnés, il existe un autre oiseau terrestre endémique à l’île : la rousserolle de Rimatara. Le ura est présent partout dans l'île. Ici sur le bac à déchets,

là sur l'abri-bus scolaire (pour protéger du soleil pas de la pluie !). C'est la fierté des habitants de Rimatara. Avec de tels oiseaux, on sait que l'on habite au paradis.



Pas facile de photographier des oiseaux à contre jour, le plus souvent dans les feuillages !Je dois donc un grand merci à Xavier le barcelonais, présent à Rimarata chez Ue Ue, les mêmes jours que moi, et qui m'a donné quelques photos nettement plus claires que les miennes.( Il avait je crois, un Nikon 700 mm ! ). Vendredi matin il faut quitter Rimatara pour Tubuai (1 h de vol avec escale à Rurutu). Déjà ? Je commençais à m'y sentir très très bien. Je reviendrais. Promis !

11 commentaires:

Moana de Pirae a dit…

Quel merveilleux article : textes et photos exceptionnels. Je ne connais pas Rimatara, mais grace à toi Sylvie-Anne, on va faire le voyage prochainement. Tu fais découvrir la Polynésie aux Tahitiens ! Merci la bretonne ! Continues ! Mauruuru roa à toi.

Elisabeth05 a dit…

C'est le top aujourd'hui : bientôt tu vas parler de Tubuai et j'ai reçu de bonne nouvelle d'une amie.
Pas belle la vie ?

Anonyme a dit…

Sylvie-Anne, bonsoir.

Ces oiseaux sont magnifiques. Ce sont les rats débarqués des premiers voiliers et en suite les chats qui ont décimé ces oiseaux. Sûr que à l'époque les polynésiens en les chassant pour leurs plumes ne les ont pas protégé. Le rouge était la couleur favorite et symbolique des "arii", des chefs.

A propos de rats: les derniers rats gris que j'ai vu et même j'en ai attrapé un, c'est dans ma propriété au fin fond de la presqu'île il y a un peu plus de trente ans. Quelques années plus tard j'en ai vu aussi à Tahaa, dans la commune de Faaha. Ils ne vivent pas dans les maisons.
Ils vivent dans des terriers, deviennent aussi gros que de gros chats, ont une fourure grise magnifique et luisante et vivent de racines, de tubercules et de petites bêtes comme les escargots. J'en parle par ce que je les ai observés.
Les polynésiens, qui ont parcouru le Pacifique, les ont dans le temps faits voyager sur leurs grandes pirogues au même titre que les poulets, les chiens et les cochons. Ils étaient consommés.
Quand on les observe on comprend que ces petites bêtes dodues doivent être appétissantes. En plus c'est un animal très propre.
Malheureusement ils sont en voie de disparition, les rats noirs débarqué s'attaquant parait il à leurs nichées

Christian P Y P

Sylvie-Anne a dit…

Tu connais bien Tubuai Elisabeth. Alors, attention aux questions pieges ! Mais oui elle est belle la vie aux Australes. Bises.

Sylvie-Anne a dit…

Merci Christian de ne pas mettre toute la responsabilité sur les rats (noirs ou gris). Ne pas oubier non plus que ces oiseaux rouges exotiques se sont vendus à prix d'or dans les oiseleries chic du monde occidental au XX eme siecle. A Rimatara je les ai vus en liberté, chez eux. Ouvrons la cage aux oiseaux..... !

Anonyme a dit…

Sylvie-Anne

Tu verras que les femmes des Australes aiment énormément plaisanter. Surtout quand elles sont en groupe. Fais toi aussi traduire certains chants, ils ne sont pas "piqués des vers";(elles aiment travailler en chantant).
Elles sont directes et parfois crues. En général pas hypocrites pour un sou.
Ce sont des femmes énergiques, courageuses, tavailleuses et vives.

La première fois que j'ai été à Tubuai, malgrés que l'on m'avait prévenu que le soir les filles sifflaient les garçons, ce fut un choc. Mais quand cela t'arrive même que tu sois prévenu, cela fait drôle. On est tout géné. Les Australes c'est spécial.

Christian P Y P

Sylvie-Anne a dit…

Dommage pour moi que les tane soient beaucoup plus timides ! Sacré Christian !!

arlette h a dit…

as tu pensé à mettre tout ce que tu as dans ton blog dans un livre ?
ca serait un super héritage que tu feras à tes enfants, je serai la première à l'acheter s'il sort. Mon ami Margueron Daniel se ferait un plaisir de l'éditer pour toi. Contacte moi si tu es intéressée.

arlette h a dit…

Merci pour ces belle choses, merci de me faire découvrir mon pays queje croyaiss connaitre, tu en sais mille fois plus que moi.
Merci pour ton courage. Il faut que tu persévères, on a besoin de gens comme toi à Tahiti.

Un fou de ton blog a dit…

Quand Barcelone s'allie à notre blogueuse bretonne pour nous montrer le Ura de Rimatara, chapeau bas, respect devant autant de beautés paradisiaques et MERCI tout simplement.

Sylvie-Anne a dit…

Soit ! soyons fous ensemble de la Polynésie .