19 septembre 2009

Ahima’a, le four polynésien

Ahima’a signifie le feu (ahi) et nourriture (ma’a).
C’est une technique de cuisson à l’étouffée, restée très vivace en Polynésie.

Le ahima’a est un grand trou creusé dans le sol. La cavité est remplie de bois et de bourres de coco qui sont enflammés.
Sur le dessus, des pierres volcaniques sont disposées. Les pierres sont chauffées à de très hautes températures.
(celui qui a breveté les barbecues à la pierre de lave a du venir en Polynésie, c’est certain ! )

Une fois les pierres bien rouges, des demi troncs de bananier sont disposés pour empêcher les aliments d’être directement carbonisés.
Les mets sont disposés dans des feuilles de bananiers ou de purau.
Ensuite on remet une couche de sacs de coprah, puis une couche de terre.

Donc le ahima’a c’est une grosse cocotte, mais pas minute car la cuisson à l’étouffée dure 6 heures !
Jadis on mettait des feuilles de auti. Aujourd’hui on pose les gamelles en fonte sur les pierres et on ne met plus de terre.
Ainsi on cuit du cochon, le uru, le taro, le fei le poe, le poisson, le poulet.

Tous les grands hôtels se doivent d’avoir leur ahima’a, mais les authentiques fours sont dans les atolls isolés. Là c'est du vrai de vrai, pas du reconstitué à but touristique.
Cuisson lente qui dure des heures et préserve totalement le goût des aliments.

Voici la photo du four tahitien de Pierre, suivie d'une gravure qu'il a trouvée dans un ouvrage de sa grande bibliothèque.

Cela me rappelle le four à pain du village breton de mon enfance, qui restait allumé plusieurs jours. Ma grand-mère y allait pour y cuire ses terrines et le pain au levain, qui avait un goût divin. Ce village s'appelle "la chataigniére" dans le sud Morbihan, en bordure de la Vilaine.

Souvenir aussi du délicieux ragoût de mouton de l’île d’Ouessant, cuit de longues heures dans des fours de tourbes creusés au fonds du jardin.
La cuisson à l’étouffée, c’est le bonheur de savoir patienter de longues heures. La bonne cuisine se moque du temps et exige une grande patience.

Je hais les fours micro-ondes !

Combien de temps encore le ahima’a résistera t’il à Tahiti ?
Comme le monde change trop vite et si mal !

Ta ma'a matai
(bon appétit)
Nana

3 commentaires:

christian Penilla y Perella a dit…

Aujourd'hui peu de familles polynésiennes peuvent se payer un ahima'a les denrées sont trop chères , sauf si ils ont un fenua ou de la famille aux districts .Il se rabattent sur entre autre le poulet congelé sous toutes ses formes .
Seuls quelques petits hotels ou maisons d'hôte font le four traditionnel dans les règles , naturellement aussi des particuliers .
Vivre avec le four tahitien c'est aussi vivre autrement que à notre époque . Le four tahitien faisant de la fumée est interdit dans les aglomérations à cause de cette fumée . La nourriture cuite dans un vrai ahima'a est un délice de saveur et de parfum . Heureux celui qui peut en profiter .

Pierre Carabasse a dit…

Ia ora na Sylvie-Anne et Christian,
Je vous envoie par mail la photo de mon four tahitien permanent que j'ai construit dans ma maison.

Sylvie-Anne a dit…

Merci Pierre et elles sont dans le blog désormais, sinon j'avais pas de photos terribles. Les tiennes sont extra. Merci