Ce lundi 2 mars 2009 là, nous étions attendues à 7 h 30 par l’équipe médicale du C.P.I. (Centre de Protection Infantile) de l’hôpital de Taravao qui nous avait invitées à les accompagner à une consultation spécialisée délocalisée de pédiatrie au fenua Aihere.
Une infirmière de 1ere année, en stage à Taravao, était de la sortie.
L’équipe se rend tous les premiers lundi du mois au bout de la presque île, au Fenua Aihere, (prononcer échéré : pays de la Brousse) : presque plus loin que le bout du monde. (en bas a droite sur la carte)

Le berlingo a été chargé et a transporté l’équipe 12 kms plus loin à l’embarcadère de Tautira.
Pour nous rendre sur place, nous prenons une pirogue à moteur.
Nous empruntons la navette scolaire qui pour l’occasion, de la consultation mensuelle (organisée depuis plus de 18 ans par l’équipe du C.P.I), se met gracieusement à notre disposition.
Mais rien ne décourage l’équipe médicale.
Le temps d’attendre le passage du gros grain, et voici qu’à la hâte, le chargement de matériel s’opère en moins de temps qu’il faut pour le dire.
Pas d’eau courante, l’électricité est acheminée par un groupe électrogène pour certains, mais par contre la télévision satellite arrive jusque là, ainsi que le réseau du téléphone mobile.
Les familles sont venues à pied en longeant le lagon ou avec leur bateau.
8 h 30 L’équipe ne perd pas un seul instant.
Et voici qu’à la hâte, la grande table de cette gare maritime se transforme soudain en un cabinet de consultation pour enfants de 1 mois à 3 ans. Époustouflant !
Chacun à sa place, chacun à son poste, et voici que le premier enfant accompagné de sa toute jeune maman peut prendre place sur la table de consultation de fortune.
Il s’agit bien là d’une médecine de brousse. Mais quelle médecine !
Hinano prend les biométries (poids, taille) de l’enfant, tandis que la jeune stagiaire note les paramètres dans le carnet de santé de l’enfant.
L’infirmière rappelle les besoins élémentaires à la bonne évolution d’un nourrisson et délivre les conseils diététiques personnalisés.
Soudain, là voici qui se lève, et à coups d'une gestuelle digne d’un ballet d’expression corporelle, elle donne forme à cet enseignement de diététique si important pour le bon développement du bébé.
La voix est forte mais affectueuse et rieuse, les mots français se mélangent aux tahitiens.
Clo partage les rires et insiste : «que doit manger un bébé de moins de 6 mois ?" La réponse arrive, drôle et engendrant les rires : «le bébé il doit manger uniquement le lolo des titis de maman, ok ? »
La consultation se poursuit, c’est au tour du médecin de rentrer en scène.
IL faut aussi préciser que les mamys sont présentes parfois, car dans cette société matriarcale, le rôle de la mamy est très important.
Jusqu’à quelques années en arrière, le premier petit-enfant était donné à la grand-mère qui l’élevait pour sa fille ou son fils.
Malgré le brouhaha et les petits potins, la concentration de Blanche est sans faille.
Rien ne la perturbe. Elle est toute à l’enfant qui vient d’être couché devant elle.
Ses gestes sont méthodiques et témoignent d’une grande expérience.
De sa main, elle parcoure le tout jeune corps.
Rien n’échappe à sa connaissance : élasticité cutanée du nourrisson pour évaluer le taux de déshydratation, vérification de la soudure de la fontanelle, éruptions cutanées diverses, etc..... Ici, elle diagnostique une galle, là les multiples abcès sur le crâne de l’enfant nécessiteront une incision pour certains, là encore une fièvre, et une infection respiratoire.
Pour toute maladie décelée, le traitement sera prescrit et offert pour les premiers jours, de quoi encourager la jeune maman à se rendre dans les jours qui suivent à l’hôpital de Taravao, là où le contrôle se poursuivra ainsi que le traitement.
Parfois même l’hospitalisation à Papeete de l’enfant est inévitable.
Là elle saisit de son bistouri et incise un abcès sur le crâne du bébé !
Pour certains bébés, c’est aussi le jour du vaccin.
Le médecin signe le carnet de santé, acte obligatoire pour donner ensuite accès aux allocations sociales pour l’enfant, versées par la CPS (caisse de prévoyance sociale).
Le prochain rendez-vous sera le premier lundi du mois d’avril.
Les mamans seront bien présentes.
Dès leur tour passé, elles se dirigent vers une petite église à une dizaine de mètres.
Oui, nous sommes bien lundi, mais au Fenua Aihere, c’est dimanche.
C’est aujourd’hui que le prêtre catholique a également pris son embarcation pour venir célébrer la messe dominicale, car il est occupé dans d’autres églises le dimanche et ne vient que le lundi, qui s'est transformé en dimanche !
Tous les fidèles, dans un premier temps rassemblés autour de la consultation médicale qui se termine, se dirigent alors vers le bâtiment annexe, une toute petite église, où l’office est célébré au rythme de chants locaux et des airs de guitare sèche.
La messe est dite en tahitien. Près de 100 personnes sont en prière. Ils chantent tous en se balançant doucement.
Moments de partage autour des jeunes enfants auprès de l’équipe du CPI dans un premier temps, autour du prêtre dans un second, puis viendra le troisième temps, vers 12 heures, celui du Ma’a Tahiti qui réunit tous les membres de la communauté autour d’un repas traditionnel tahitien.
Pratique par trop oubliée sur le Tahiti Nui, autant que sur le Iti, parce que la famille polynésienne, s’est depuis bien longtemps rétrécie et qu’elle se dit fiu de consacrer autant de temps à la préparation d’un repas.
Mais pas ici, pas au Fenua Aihere, le traditionnel Ma’a tahiti, a bien lieu, tous les dimanches qui sont des lundis.
Parce qu’il y a des valeurs auxquelles ils tiennent encore et celles qu’ils refusent d’oublier.
Il est temps déjà de replier le cabinet de consultation de fortune pour laisser la place aux autres activités de ce dimanche.
Pas question de s’attarder, ni de se laisser séduire par l’invitation de venir partager le repas collectif de cette communauté qui accueille l’équipe avec tant de chaleur.
Le matériel est vite remballé et protégé de la pluie.
Il s’agissait bien d’une vraie médecine préventive dans une totale proximité, comme il en existe d’autres dans les nombreuses îles isolées de Polynésie .
Banche est l’initiatrice de ce dispositif mis en place il y a 18 ans. «Espace du survie pour chacun d’eux» précise-t-elle.
Sans cette consultation qui vient à la rencontre de cette communauté isolée, beaucoup de leurs enfants rencontreraient de graves problèmes de santé, étant données les conditions minimales de vie, d’éducation et d’hygiène, qui sont les leurs.
Les bâtiments et le terrain sont propriété de la paroisse.
Blanche a du requérir l’autorisation de l’archevêque pour établir ce point de consultation.
Le maire de la commune de Tautira met à disposition la navette nautique et son pilote, gratuitement.
Il y a lieu de rendre hommage à une équipe motivée et qui sait prendre des risques. (ainsi à l’embarquement, Clo transportant le lourd matériel sur la pirogue, s’est prit une superbe glissade en grand écart, avec pour résultat une toute belle entorse, ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre sa journée en riant).
Il est temps de les laisser aller se restaurer, car dans 30 minutes les consultations vont reprendre jusqu’à 15 h30.
Dans la salle voisine, une jeune maman est en train d’accoucher.
L’ambulance est prête pour l’emmener avec son bébé à la maternité du CHPf (centre hospitalier de Polynésie française) à Papeete dans quelques heures. !
Marie-Anne et moi, sommes pressées d’aller visionner tous les trésors contenus dans nos 2 appareils photos.
Nous décidons de bloguer à 4 mains et de concert, car nous nous souviendrons longtemps de ce 2 mars 2009 dans la brousse de Tahiti Iti.
Cela vous a plu ?
6 commentaires:
génial cet article.
les tikis ne comprennent pas que l'on puisse s'allonger sur une table en plein air pour voir le médecin !!
Ok question complexe! que leur dire sauf que la nature est la meilleure amie de l'homme et que le béton et les beaux immeubles ne garantissent pas une médecine de meilleure qualité. Et puis il fait très chaud alors bébé il n'a pas froid du tout ! Enfin tu vas te débrouiller à leur expliquer, je te fais confiance !
d'autres questions les tikis ? mamy de Tahiti vous répondra !allez y !
Voilà Sylvie-Anne, après multes péripéties, j'ai mis le frère jumeau de ton article sur mon blog, faux jumeaux mais jumeaux tout de même !
Merci pour ce partage et cette belle aventure.
Je te biz.
Mak
j'ai aime l'article "fenua Aihere est"pour 2 raisons;
-"Sylvie-Anne,(la blogueuse) la bretonne,me fait beaucoup penser au pays que j'ai connu et apprecie: la Bretagne en metropole bien sûr
-le blog et l'article plus particulierement me rappellent des souvenirs imperissables de Tahiti et des amis que nous avons connu comme le Docteur Blanche que vous avez accompagne au bout de l'ile
et moi je reviens te voir, mais tu n'as toujours pas de newsletter, dommage, je rate beaucoup de tes articles !
bon je vais vérifier si je t'ai mise en liens chez moi, je pourrai alors toujours fouiller mes listes et te retrouver !
comment va l'Hiver chez vous ?
hi hi hi !!
bon et bien j'essaie d'aller sur le blog makatahiti, et on me dit que "je ne suis pas invitée" ... !!!
alors TU peux m'inviter ou demander à me faire inviter !! hi hi hi !
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