18 avril 2012

Mareva, le urita'ata iti de Bora Bora

Le blog m’a permis d’être en contact avec quantité de personnes, dont des bretons du monde entier et beaucoup de polynésiens de métropole et tous les "toqués" de Polynésie !
Ainsi Mareva est née à Bora Bora d’une maman née à Huahine. Elle est médecin à Paris. Elle m’a adressé ce mail qui raconte une histoire vécue. Son récit, présenté comme une tragédie théâtrale, est vraiment très bien écrit et je lui ai demandé l’autorisation de publier dans le blog. Ce qu’elle a accepté très vite. Voici son texte intégral. C’est une tragédie racinienne qui en respecte les 3 règles : unité de temps, unité de lieu et unité d’action (vieux souvenirs du lycée !) . Bravo à Mareva pour son courage et sa prose pleine de suspense. Ils sont fous ces taote (médecins) de Tahiti qui vivent à Paris ! Pas assez de soleil sans doute !

Ia ora na
Aujourd'hui, j'ai décidé de te faire sourire à travers une de mes mésaventures. Je n'ai pas ton talent de narratrice, mais je vais m'appliquer.
Pour commencer, je dois te dire, que je ne rate jamais une occasion de faire des c.. . Mon père m'avait surnommée: Urita'ata iti (petit singe) car j'adorais grimper aux arbres. A 58 ans, j'ai encore des comportements de gamine. Après un saut en parachute, une méharée (8 jours à dos de dromadaire) dans le grand sud marocain, un 14 Juillet inoubliable en Provence, un stage de conduite de F1 et bien d'autres encore, ma dernière bêtise en date, j'ai testé le saut à l'élastique, le sport le plus vertigineux après la pétanque !

Le BENJI, OU COMMENT S'ENVOYER EN L'AIR EN PUBLIC ?


Préambule : Pour Noël, mon frère m'a offert ce "cadeau empoisonné". Devant témoins, impossible de me défiler.
ACTE I
Scène 1
. 7h. Je me réveille. Petite angoisse. A 14h je serai lâchée de 90 mètres de hauteur, avec seul ami à ce moment-là, un élastique accroché à mon petit 37 de pointure. Une pensée trotte dans ma tête: "Mais quelle idée à la c... de vouloir sauter!".
Scène 2. 12h. Lorsque nous arrivons sur les lieux de mon exécution, le pont est désert. Pause repas oblige. Tous les futurs sauteurs se restaurent. Comment arrivent-ils à manger? Moi, je ne peux rien avaler.

ACTE II.
Scène 1.
13h. Pesée avant le saut: chaque élastique correspond à une catégorie de poids.
Scène 2. 13h15. Heure de signer les décharges. Gloups! Ca rassure !!!
Scène 3. 14h. Les sauts commencent. Des sauts je n'ai rien vu. Juste entendu les hurlements résonner dans la vallée. De plus en plus rassurant !
J'avale difficilement ma salive. Plus le temps passe, plus je deviens verte et de moins en moins loquace. Adrénaline en ébullition. Je n'ose pas dire que je voudrais abandonner. De toute façon, je ne peux plus reculer.
Scène 4. Me voilà donc partie dans la file d'attente. 10 mn de macération en attendant mon tour, histoire de bien voir les autres douiller avant le saut.
Scène 5. On m'équipe de tout un tas de harnais; impossible de filer à l'anglaise; je suis entravée, prisonnière. Même David Copperfield n'arriverait pas à s'en sortir tout seul!

ACTE III.
Scène 1
. C'est mon tour. Je me positionne sur la piste d'envol. Désormais ma vie est entre les mains d'un morceau de caoutchouc et elle "ne tient qu'à un fil". Dire qu'au départ la vie ne tient qu'à un bout de latex ! La boucle est bouclée ! Pour résumer: tout est la faute des hévéas !
3 moniteurs à mes côtés, 2 caméras, 1 photographe et des dizaines de badauds. Bref, le GRAND show !
Scène 2.
Résignée dans l'attente d'une catastrophe éminente, je n'ose pas regarder en bas. Dernière vérification. Drôle de sensation. Je suis terrifiée, mais c'est trop bon. Dernières recommandations de l'instructeur et consignes de sécurité. Black out total : la sécurité, je n'en ai rien à f... en ce moment. Derniers conseils: "Jette-toi directement dans le vide, sans te poser de questions." (La bonne blague: si je m'étais posée des questions, je ne serais pas ici; si j'avais fait travailler MON neurone, je ne sauterais pas).
Je n'ai pas entendu la suite, parce que, à ce moment-là, je me demandais pourquoi j'ai toujours de telles idées et pourquoi j'aime faire des trucs stupides.


ACTE IV.
Scène 1
. Petit regard en bas. Oh la la ! C'est quand même bien haut ! Pendant 1/2 seconde, le doute m'envahit, la peur face au vide me paralyse. Mais j'entends les gens hurler des encouragements et là...
Scène 2. ... je me lance. Grand plongeon vers des sensations inconnues, la tête à l'envers. Je vole. Enfin ... JE TOMBE !


Tout défile très, très vite. Décharge d'adrénaline puissance infinie. C'est sûr, je vais me croûter par terre, m'écrabouiller dans une mare de sang, rentrer chez moi en kit et finir dans la rubrique "Faits divers". Tous mes organes ont envie de se planquer au même endroit: dans ma gorge !. J'ai l'impression d'être sortie de mon corps.
Scène 3. Premier rebond. Ouf ! Je suis rassurée, le benji a résisté. Je savoure l'instant, quand soudain, une impulsion verticale me renvoie dans les airs comme une poupée de chiffon. Remontée violente et retombée tête la première pour un second saut. 1fois, 2 fois, 3 fois. Je ne suis plus qu'un yoyo, un pantin désarticulé. Tête en bas, pieds en l'air et mains battantes dans le vide. Oubliée la position de sécurité ! Ca bouge dans tout mon corps, mon cœur me joue des tours. Ultra kiffant ! Presque orgasmique!
Scène 4.
Retour sur terre. Libération de mes sangles et remontée, d'une démarche un peu chancelante et déséquilibrée, des 90 m qui m'ont pris 7 secondes à descendre.

Conclusion : Expérience extrême que je ne recommencerai pas. "Never again" comme disent mes mo'otua.


Je t'embrasse très fort et Fa'aitoito! MAREVA

PS :Mes frères me traitent gentiment de taravana (un peu folle). Aucune importance: moi, je m'amuse. Au diable les paa teve (les casse-pieds) et les moralisateurs.
En fait, je suis très moqueuse et la première victime de mes railleries, c'est moi-même. Donc, no limits ! No tapu. Araua'e. Hoara'a.

8 commentaires:

un aito , un vrai ! a dit…

Quelle belle aventure ! Ah vraiment les mamies de 2012 ce sont des sacrées nanas ! Qui a parlé en 2011 de faire son baptème en parapente à Punaauia ? Enfin ne prends aucun risque Sylvie-Anne. On tient à toi ENORMEMENT! Bises.

Stéphane L. (29) a dit…

Le récit fait effectivement sourire...
...mais JAMAIS je ne ferai ça !

Geo.d'AKL a dit…

C'est ici en NZ dans l'ile du sud que le bungi jumping a ete invente ,il y a plus de 10 ans et je peux vous dire que ca se pratique tous les jours depuis. c'est actuellement un passage obliger si vous allez a Queenstown !!!
de meme a AKL a partir de la Sky tower ,c'est d'ailleur devenu tres banal .
Je dois ajouter que je ne l'ai pas fait !!!!

Sylvie Anne a dit…

Stéphane et Geo AKL , je suis OK c'est un truc de ouf. Mon cardiologue me l'a strictement interdit. Mareva a voulu relever le défi.

Les Tevaitoa de tumaraa a dit…

Ca doit être génial de se faire soigner par un taote aussi taravana
Elle croque la vie et elle l'aime
Bravo Mareva. Bises Sylvie-Anne

Henri a dit…

J'habite près d'un beau viaduc (70 m) où se pratiquait le saut à l'élastique . . . Il y a 2 ans, il y a eu 2 morts (élastique cassé suite à une erreur de poids). Aux dernières nouvelles, les sauts devraient reprendre cet été. Je ne suis pas du tout enthousiaste pour essayer !

Christian a dit…

Sylvie-Anne
La vie est si belle à vivre, pourquoi prendre le risque de la perdre? Il y a tellement de belles choses à voir, encore de si bonnes choses à manger et aussi tant de gens merveilleux à rencontrer.
En plus, ils sont si nombreux ceux qui font tout pour survivre.
Christian P Y P

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord avec Christian , la vie est belle....mais avec un peu plus de piment??? Bravo , Sylvie-Anne...il en faut des tripes pour CE JUMP! Susie.