11 avril 2011

Bobby Holcomb

En fin février avant le départ, j’ai visité au Musée de Tahiti et des îles, l’expo Bobby Holcomb. Je ne pouvais pas manquer cela. Je n’avais pas eu le temps de vous en parler avant. Je la gardais au chaud.

Bobby Holcomb est né en 1947 à Honolulu à Hawaii dans l'île de Oahu, d'un père noir originaire de l'État américain de Géorgie et d'une Hawaiienne mi-portugaise, et décédé le 15 février 1991 à Huahine.(ISLV).

Il est un des artistes les plus renommés de Polynésie française.

Il passe une bonne partie de son enfance à faire des claquettes dans les décombres de Pearl Harbor.

À l'âge de 11 ans, il rentre à la School of music and danse de Los Angeles près du ghetto noir de Watts.

Personnalité hors du commun de la musique et de la peinture durant les années 1970 et 1980. Doué pour la danse, la peinture, le chant et la composition musicale, l'artiste s'exprime dans, avec une force égale dans chacun de ces domaines.

Il évolue aux États-Unis auprès de Frank Zappa, en Europe auprès de Salvador Dali et participe aux groupes pop français tels que Zig Zag Community et Johane of Arch qu'il a créé.


Bobby arrive à Tahiti en 1976 et décide rapidement de s'installer dans le village de Maeva à Huahine. Il s'investira dans la renaissance et l'éveil culturel du peuple Maohi, au sein du "pupu Arioi " groupe de troubadours, intellectuels polynésiens inspiré par le mouvement de 68.

Ce mouvement de renaissance culturel sera composé de personnalités telles que Henri Hiro, notamment.

Chacun dans son domaine, s'investira pour redonner la fierté d'être Maohi.

Ce mouvement Identitaire auquel participe Bobby, est une révolution culturelle, car elle dénonce la colonisation française, les essais nucléaires, l'évangélisation, pour valoriser l'identité Ma'ohi sa langue, son savoir faire, son agriculture sa spiritualité... entre autres.

Pour ce qui est de la musique, Bobby enregistra d'abord au studio Arevareva, notamment la pièce "Bobby's House" sortie aussi en cassette sur laquelle il reprit avec Maire Tavaearii la vieille chanson de Joséphine Baker, l'adaptant pour la tourner en "J'ai deux amours : mon pays c'est la Polynésie".

C'est en 1985 qu'il perça auprès du grand public après avoir remporté avec "Orio" le concours de chant organisé par François Nanai.

Ceci lui valut un contrat avec la société Océane Production, et sa popularité devint alors telle qu'il remporta haut la main le titre de "Homme de l'Année 1990" selon le vote des auditeurs de RFO et des lecteurs de La Dépêche.

Son score à cette élection sera plus élevé que de nombreux hommes politiques.

C'est ainsi que certains ministres tenteront de le faire expulser de la Polynésie Française, mais n'obtiendront pas la majorité au sein du conseil de ministre, pour exécuter l'expulsion.

Bobby Holcomb restera jusqu'à sa mort un citoyen américain. Il vivait surtout de sa peinture.

Il refusera la citoyenneté française en signe de protestation contre les essais nucléaires, ainsi que le colonialisme français en Polynésie.

Il aurait souhaité appartenir à un triangle polynésien, te moana nui a hiva, libre et indépendant.

Malheureusement, ce triangle polynésien qui regroupe sur un vaste territoire le peuple ma'ohi, allant de Hawaï, à la Nouvelle-Zélande jusqu'à l'Île de Paques, ce territoire a été divisé par les puissances coloniales, anglaises, américaines, françaises, chiliennes, entre autres.

Son succès musical est lié au fait qu'il a su mixer la musique Reggae aux mélodies tahitiennes, en s'exprimant dans la langue Ma'ohi.

Mais surtout qu'il a su faire passer des messages relatifs à l'environnement, l'amour du prochain, le savoir-être ma'ohi, le respect de dieux originaires. Ami de l'artiste peintre Vaea Sylvain, c'est en Polynésie française que son expression graphique lui permettra d'atteindre une notoriété particulière et incontestable peu avant sa disparition le 15 février 1991, à 44 ans, des suites d'un cancer foudroyant des lymphes.

Sa tombe se trouve à la base de la montagne sacrée Mou'a Tapu, à Huahine. Il représente toujours un mythe pour de nombreux polynésiens.

Lire ses textes, regarder ses peintures, c’est beaucoup d’émotions, devant autant de beauté et de sincérité, c'est aimer la culture Ma'ohi.

Merci Bobby.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo pour ce "retour en arriere"

Je me souviens trés bien avoir écouté ses chansons,lors d'un séjour en 89/90......
J'ai retrouvé un Cd a Rennes il y a quelques années.....

Nostalgie...nostalgie....je vais le réecouter a^res avoir lu ton article..
Bravo
Biz
Cobaye53

Anonyme a dit…

Sylvie-Anne bonjour de Tahiti.

J'ai bien connu Bobby, beaucoup d'autres l'on encore bien plus connu que moi.
Cet homme était un génie. La gentillesse fait homme. J'aurais aimé mieux le connaître.
La peinture, le chant , la poésie....... étaient sa vie, son être.Il était " l'humanité".
Il est parti trop vite.
Nul homme n'a mieux "senti" la Polynésie et le polynésien.

Christian P Y P

arlette h a dit…

salut,
c'était une bonne idée d'avoir rassemblé tous ses tableaux, Boby avait du mérite. Il a su s'adapter au pays, mettre en valeur la polynésie, offrir son affection.
C'est un messager, tous ces tableaux et chansons contiennent un message.
nana

Anonyme a dit…

super cette nouvelle bouffée de Polynésie

Stéphane L. a dit…

J'adorais sa musique.
J'ai encore une cassette datant des années 90.

Pierre a dit…

Bel hommage à cet artiste complet. A regarder et à écouter sans modération ! Merci, merci pour les liens.
Pierre Chevalier

Sylvie-Anne a dit…

Pierre, c'est vous qui m'avez fait pensé à mon article en sommeil en m'adressant le morceau "Poti'i no te mau Motu", il y a 2 jours. Je vous devais cet article. Merci.

François a dit…

Trés bel hommage à Bobby.
Pour moi c'est le Bob Marley polynésien, tant par le mélange du reggae et de la musique polynésienne, par son discours et par ses racines.

Christian a dit…

Sylviane bonjour.

Au début de son séjour en Polynésie Bobby est venu animer une soirée à Faa'a dans une salle omnisports à 50 mètres de chez moi. Avant le début de la soirée j'ai discuté avec lui (en anglais). C'était un de ces individus que l'on rencontre rarement dans la vie, en quelque minutes on sent cette gentillesse, cette humanité, se dégager. On devient instantanément des amis.
Pendant la soirée il fallait voir comme, que des plus jeunes au plus vieux, il avait ensorcelé tout son auditoire qui était ce soir là cent pour cent polynésien. Ils venaient des quartiers de Faa'a et c'était gratuit.
Pour moi c'est une soirée inoubliable.
Je doit te dire que je suis un admirateur de Salvador Dali. J'ai énormément de reproductions de ses peintures et les textes de certaines de ses conférences. Bobby était aussi un admirateur de Dali qu'il avait bien connu. Nous en avons discuté avec passion.
Triste qu'il est parti si vite, il a tant apporté à la Polynésie.
Je précise que d'un milieu "bien pensant", il était mal vu d'être un ami de Bobby.
Personnellement je ne l'ai jamais caché. Cela me permettait aussi de me faire une opinion sur certains de mes interlocuteurs.
Rares étaient les européens et un certain milieu demi, qui osaient dire du bien de Bobby. Son franc parler et son parler vrai les dérangeaient.
Les vérités qui blessent ! ! ! !