18 janvier 2010

Jamais 2 sans 3 tatoo

Dès mes premières semaines à Tahiti, mes premières découvertes de ces très beaux tatouages, j’ai su que j’allais craquer et me faire tatouer un jour.
J’ai résisté à la tentation pendant un an.
Il fallait trouver le bon tatoueur, celui qui faisait de beaux dessins et qui respectait les règles d’asepsie et les bonnes pratiques.

J’ai trouvé l’artiste, le frère aîné de l’amie Teko.

Avec beaucoup d’appréhension, j’ai fait le premier tatoo pour fêter ma première année au fenua.
Un petit margouillat sur l’omoplate gauche.


Vraiment petit, c’était un test à vrai dire.
Chez Tino, la maman Gisèle, que je connais bien, me met en confiance et me sert le café.
Je suis bien accueillie dans une famille marquisienne de Papeete sur les hauteurs de Pirae.
Trop facile, vraiment rien ressenti et maintenant j’ai un petit margouillat dans le dos à vie.

Début janvier je souhaite passer au deuxième pour fêter la nouvelle année.
Une jolie fleur de tiare à sept pétales (porte-bonheur) sur le haut du bras droit.

Mes collègues de bureau sont ébahies et vérifient que ce n’est pas une décalcomanie.
Le margouillat avait été si discret, celui là se voit vraiment.
Non c’est du vrai de vrai ! et non cela ne fait pas mal !
Encore rien senti, même que j’ai lu mon livre pendant 1h30, le temps de réalisation de ce magnifique tatou très fin.
Les caissières de Champion et de Carrefour me demandent les coordonnées de l’artiste.
Je distribue les cartes de mon tatoo et ami Tino.

Tino respecte toutes les règles en vigueur et tatoue avec une douceur infinie et des aiguilles très fines.

Ce 18 janvier, 3eme rendez-vous chez Tino en fin de journée (car j'ai une nouvelle date à marquer).
J'aurais souhaité le faire à l'île de Pâques, mais le tatou était en vacances !
Cette fois cela sera la cheville gauche.
Nous cherchons ensemble le dessin, son épaisseur.
On se décide pour un S stylisé et élégant.
Je m’installe et fais confiance à Tino qui a très bien dessiné au feutre, le tracé que nous avons choisi ensemble.
Quelques appréhensions quand même, car à cet endroit la peau est mince et le derme non graisseux.
Je voulais reporter à la semaine prochaine.
Tino me dit "il ne faut pas différer et comme dans la vie, savoir assumer ses choix avec courage."
- Bon Ok, alors On y va ! pas de problème pour me baigner à Tahaa dans 3 jours ?
- Mais non, au contraire."

L'aiguille ronronne et me transperce la peau.
Allongée, près de la fenêtre, entre les louvres, j'ai une vue magnifique sur le port de Papeete.
Aie .... c'est douloureux quand même............ ! M...
Je reconnais que celui-ci a été plus hard que les 2 premiers.
Même avec un bon livre sous les yeux et une vue magnifique du haut de l'atelier-pigeonnier de Tino.
Juste des aie ouille ouille, mais pas vraiment de quoi s'arrêter.
J'avais hâte à la fin quand même !
A aucun moment je n’ai bougé et Tino s’arrêtait quand je lui disais "pause".
Résultat après 45 minutes de patience : un joli tatoo très fin dans le creux de la cheville gauche.

Un grand verre d'eau pour fêter la fin !
Tino dit que j’ai une peau à tatouages et est stupéfait de ma cicatrisation rapide.
Je l’ai enduit de monoi et 2 heures après je ne ressens déjà plus rien.
Il fait partie de mon corps désormais. Il m'appartient et ne me quittera plus.

Je m’interroge sur cette envie de tatouages, ce besoin, cette envie irrésistible de marquer mon corps des traces indélébiles de la Polynésie.
Je ne sais pas. Je n’explique pas.
Peut-être une marque d’amour, car il n’y a pas d’amour sans souffrance.
Mon amour immodéré de la Polynésie réclamait ses signes, cette initiation, cette appartenance.

La Polynésie a tracé ses marques dans ma vie et dans mon corps.
Si ma mémoire vacille un jour, mon corps lui se souviendra à tout jamais.
Je comprends mieux le sens et la portée du tatouage. Je me sens différente.
J'appartiens désormais à la grande famille des tatoués de Polynésie.
Quelle immense fierté !
D'autres tatouages ? C'est certain, mais il faut savoir attendre le moment, l'étape qui mérite cette belle distinction, pour que le tatoo soit rempli de sens et de signification, car le tatoutage c'est avant tout un geste d'amour.
Nana.

6 commentaires:

sabeth a dit…

j espere que tu ne resteras pas 20 ans en Polynesie, car je risque de ne plus reconnaitre ma soeur!
Ton sejour la-bas te transforme de jour en jour.
Continue, je suis jour apres jour ton aventure dans les Iles....

Pierre Carabasse a dit…

Félicitations Sylvie-Anne !
Tu vois, je suis né pour ma deuxième vie le 24 juillet 1963, le jour où j’ai échoué sur une plage du motu Tahiri à Faa’a et je ne suis pas tatoué. D’abord cette mode n’est revenue à Tahiti que depuis quelques années… et puis, je crois que tu le sais…. Je suis tatoué au plus profond de mon cœur et cela pour l’éternité.

Sylvie-Anne a dit…

Pas de soucis zabeth, je viens te visiter en mai dans ton bled mi- suisse à condition qu'il n'y a plus de neige et beaucoup de soleil !
Tu m'as vraiment manqué pendant ces derniers mois de ton installation Suisse et je suis heureuse de te retrouver enfin.
Bises de ta cadette tatouée et heureuse de vivre au fenua.

Sylvie-Anne a dit…

Le navire de ta vie a fait un très bel échouage mon ami.
La Polynésie est inscrite au plus profond de toi et de manière durable et indélébile, avec tes deux enfants, de vrais tahitiens et tes 3 petits enfants !
Ca vaut bien tous les tatouages.
Très beau bilan pour le comptable.
Amitiés.

Arlette h a dit…

félicitations à Tino, c'est vraiment très beau ce qu'il fait, toi aussi tu as fait le bon choix.

Moi, je reste suprestitieuse, le tatouage est réservé à marquer l'identité d'une personne, les signes sont trop importants pour moi. Mes ancêtres vont se facher si je ne prends pas le bon signe (sourire)...

Sylvie-Anne a dit…

Tes réticences Arlette font partie de ta culture d'origine chinoise, mais peut-être tu dois dépasser ces barrières de tes ascendances et décider seule de ce qui est bien pour toi dans le fenua où tu vis.
Plus Polynésienne que chinoise quand même ma chère Arlette.
Bises.