28 décembre 2011

Le père Honoré Laval (1807-1880)

Louis-Jacques Honoré Laval est né le 6 janvier 1807, à St Léger des Aubées, en Eure et Loir. Jeune homme, il arrive à Picpus à Paris. Il fait profession dans la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (Picpus) le 30 décembre 1825, sous le nom de frère Honoré. Il reste à Picpus où il poursuit ses études de philosophie et de théologie. En 1831, il est ordonné prêtre à Rouen.
En 1833, la Congrégation pour la Propagation de la Foi, élargit le champ missionnaire de la Congrégation des Sacrés-Cœurs en Océanie. Aux Îles Hawaï, où la Congrégation est présente depuis 1827, s'ajoutent les archipels des Gambier, des Marquises, de Tahiti, des Iles Sous le Vent, des Tuamotu, des Iles Cook et de l’Ile de Pâques.
Les Picpuciens se chargent d'implanter l'église catholique en Océanie orientale (les maristes se chargeront de la partie occidentale). Le jeune Honoré Laval reçoit sa nouvelle obédience en novembre 1833. Il quitte la capitale avec ses compagnons de voyage, les Pères François d'Assise Caret, Chrysostome Liausu et le Frère Colomban Murphy. Ils se rendent en diligence jusqu'à Bordeaux, via Tours et Poitiers, où ils embarquent sur le "Sylphide", le 22 Janvier 1834.
Après un bref séjour à Valparaiso (Chili), où ils laissent le Père Liausu, les 3 autres missionnaires reprennent la mer vers l'Archipel des Gambier, à bord de la goélette péruvienne "La Peruviana". Le 7 août 1834, ils arrivent à Akamaru, aux Iles Gambier.


A côté de l'église Notre Dame de la Paix à Akamaru on peut encore voir la maison meublée de Laval, son jardin, son puits, son four à pain (sujet d'un prochain article)


A 26 ans, Honoré Laval est un homme doué. Il a le don d'être un excellent observateur et s'exprime admirablement. Pendant ses 39 années d'activité à la mission des Gambier, de 1834 à 1871, il note tout ce qu'il lui arrive de saisir, de la langue, de la culture et de l'histoire de ce peuple.


La mission de Laval, avec le Père Caret, consiste à évangéliser, à soigner les malades, à éduquer, à composer des cantiques et à écrire une grammaire mangarévienne. Au bout de quelques mois, les mangaréviens détruisent leurs faux-dieux pour mieux manifester leur attachement au Christ.
Les pères ne cessent d'aller d'une île à l'autre. La première église, construite en branchages, est celle de Aukena. Elle est dédiée à Saint Raphaël . Les constructions en dur se réalisent après, notamment grâce au Frère Gilbert Soulié, venu les rejoindre en mai 1835, avec Mgr. Etienne Rouchouze.
En janvier 1836, Honoré Laval écrit une lettre où il parle de la mission:
''Nos insulaires se levaient autrefois vers trois heures du matin; ils mangeaient, se promenaient au frais, jusqu'à onze heures et se remettaient à dormir jusqu'à quatre heures du soir; ils se levaient alors pour dîner et passaient la soirée à courir çà et là, jusqu'à minuit, pourvu que le clair de lune succédât immédiatement au jour. Lorsque cela n'avait pas lieu, ils dormaient de nouveau, après avoir dîné, jusqu'au lever de la lune.
C'était une vie purement animale. Aujourd'hui, ils se lèvent au point du jour, récitent leurs prières, prennent leur popoï, assistent à la messe et à l'instruction, et se mettent au travail. La femme, aidée de ses enfants, fabrique de la tappe pour les habits; le mari fait des plantations, prépare le tioho, va à la pêche, ou bien encore toute la famille se réunit pour sarcler l'herbe qui croit au pied des arbres à pain.
On ne voit plus de nudités parmi eux: tout le monde se couvre avec soin. S'il arrive que quelques uns s'oublient encore -l'habitude étant devenue chez eux une seconde nature,- à peine nous aperçoivent-ils, qu'ils courent à leurs vêtements, comme le soldat court à son arme, à la vue d'un officier. Nos exemples et nos conseils les ont, tout doucement, amenés à l'amour de l'agriculture...Dans un enclos voisin de notre case, nous essayons d'acclimater les plantes les plus utiles de nos pays d'Europe: le lin, la pomme de terre, les choux, les haricots, les pois, les oignons, les radis, les navets, etc…
Je voudrais que tous ceux qui accusent la religion de tyrannie, fussent témoins de ce qui se passe ici. Ils comprendraient peut-être que le christianisme ne fait pas des esclaves et que cette déférence de nos néophytes est l'effet naturel de l'amour filial, par lequel ils répondent à l'amour vraiment paternel que nous ressentons pour eux''.
L'action missionnaire aux Gambier porte ses fruits. Le roi Maputeoa se convertit et est baptisé en août 1836.
Ayant accompli une partie sa tâche, en novembre 1836, Mgr. Etienne Rouchouze décide d'envoyer le Père Honoré Laval à Tahiti pour y fonder une mission, accompagné du Père Caret et d'un frère. Sous l'influence des Anglais, des protestants établis depuis plus de 30 ans à Tahiti, et surtout celle pasteur Pritchard, la Reine Pomare expulse les missionnaires catholiques qui retournent aux Gambier.
Cette expulsion est à l'origine de l'intervention française en Polynésie. En 1838, le roi Louis Philippe envoie, à bord de "La Vénus", le Capitaine Dupetit-Thouars. La Reine demande le protectorat à l'Angleterre. Devant un refus, en septembre 1842, elle accepte alors le protectorat français.
Les Gambier reçoivent de nombreux visiteurs. En 1837, Armand Mauruc, un marin, propose au roi Maputeoa un drapeau: 2 bandes blanches horizontales encadrent une bande bleue. Les étoiles bleues symbolisent les îles des Gambier (Mangareva, Taravai, Aukena et Akamaru) et, l'étoile blanche, représente l'îlot isolé de Temoe. Le bleu représente l'immensité de l'océan, le blanc symbolise la pureté et l'évangélisation.
En 1838, Jules Dumont d’Urville (1790-1842). vient à bord de "l'Astrolabe". Dumont d’Urville loue l'action des pères sur place. Il déplore l'affaire de Tahiti et souhaite en informer les autorités françaises.
Suit une période de consolidation et de maturation dans la mission. En 1841, Mgr. Etienne Rouchouze part pour l'Europe. Le père Cyprien Liausu prend alors la responsabilité de la mission. Mgr. Rouchouze ne reviendra jamais. Car lors de son retour, en 1843, son bateau, le "Marie-Joseph", affrété par la congrégation, sombre en mer avec 7 prêtres, 7 frères convers et 10 religieuses. Cette perte fut cruelle pour la mission en Océanie. Cependant, la Congrégation des Sacrés-Cœurs continuera d'envoyer des missionnaires.
A la demande explicite des autorités indigènes, en 1844, les iles Gambier sont placées sous protectorat français, mais ce protectorat ne fut jamais ratifié par le gouvernement français. La même année, le Père Caret décède.
Honoré Laval doit quitter une deuxième fois ses chers mangaréviens, en avril 1848. L'évêque, Mgr. Jaussen, l'envoie aux Tuamotu,, où il enregistre un réel succès. Il y reste 3 ans. En 1851, Laval revient aux Gambier.
Il poursuit l'œuvre missionnaire entreprise. En juin 1857, le roi Maputeoa meurt. Une période difficile commence.
Les jeunes de l'Archipel partent. Les îles se dépeuplent petit à petit (maladies). Des bateaux de négriers apparaissent à partir de 1862, et la nacre attire les commerçants.
Honoré Laval qui est supérieur de la mission, est à ce titre considéré comme le représentant officiel de la France. Il est le délégué du gouverneur, ce qui ne va pas sans causer quelques problèmes. Pour beaucoup, Laval est vu comme le chef de ce petit royaume. A la fois "Consul" et Missionnaire, censeur et conseiller, maître et juge de paix, presque tout passe par lui. Il est celui qui instaure une "théocratie missionnaire," basée sur le lien affectif. Il est sévère pour ses fidèles, et, règle ses affaires d'une main ferme.
Or, il protège la foi et la morale des mangaréviens contre les maux apportés par l'Occident (alcool, argent…) et contre les manœuvres intéressées des fonctionnaires coloniaux, marchands et autres aventuriers.
Un conflit éclate entre un commerçant français, Jean Pignon, et le tribunal local de Mangareva. M. de la Roncière, gouverneur à Tahiti depuis 1864, souhaite faire rentrer l’amende infligée à la régente Maria-Eutokia Toaputeitou, coupable d’avoir ruiné Jean Pignon en l’expropriant et en démolissant la cabane de dépôt construite par ce dernier sur la propriété d’un mangarévien. Pour cela, le gouverneur installe un Résident aux Gambier, avec une vingtaine de militaires. Le litige devient un prétexte pour renforcer la puissance française dans l'archipel et limiter l'influence de Laval et de la mission. Les missionnaires se trouvent ainsi pratiquement en état de siège. Aussi, Mgr Jaussen propose de payer l'amende infligée à Jean Pignon à condition que les soldats se retirent. Ce qui fut fait. Le calme est rétabli.
Début 1870, le Prince Régent de Mangareva prie le gouvernement français de mettre un terme au protectorat. Cette requête tombait fort mal auprès du gouvernement qui s'occupait justement d'étendre les points stratégiques français dans le Pacifique. A Paris, on soupçonne l'influence de Laval, et le pouvoir demande alors au Commandant de la Motte-Rouge de faire un rapport. Celui tire, en mars 1871, cette conclusion au sujet du Père Honoré Laval: "Après tout ce que j'ai dit du Père Laval, il est bien évident qu'à mes yeux, il est nécessaire de lui faire quitter ce pays, et, le plus tôt sera le mieux. Esprit dominant, caractère emporté, dévoué sincèrement à la religion, qu'il confond un peu avec son Ordre et avec ses propres idées, isolé du monde depuis 35 ans et entraîné par des idées religieuses exagérées, cet homme veut, à tout prix, sauver des âmes et, pour cela, tous les moyens sont bons."
Mgr Jaussen souhaite apaiser les choses. Il décide du départ du Supérieur de la mission…
Le Père Honoré Laval quitte Mangareva le 4 avril 1871. Il arrive à Papeete le 23 avril 1871. Il y termine ses mémoires par ces lignes: ''Monseigneur, pour apaiser cette tempête, m'écrivit, au mois de mars 1871, de me rendre à Tahiti, où je continuerais d'être son Provicaire, tout le temps que j'y resterais. Mais, que je m'y suis dûment ennuyé! Est-ce donc là ma récompense de 36 ans de mission? ". Cependant, Laval allait revoir une dernière fois les Îles Gambier, en juillet 1876, lors d'un jubilé. Sa visite a été l'occasion d'une grande démonstration d'estime et de reconnaissance envers lui.
Les dernières années du Père Laval furent solitaires. Cette solitude s'est accrue par une surdité, qui ne faisait qu'empirer. Le Père Honoré Laval meurt le 1er novembre 1880, et son corps repose au cimetière de la mission catholique de Papeete.

2 commentaires:

Christian a dit…

Sylvie-Anne
Les africains disent: On écoute toujours la version du chasseur et jamais celle du lion. Là nous avons la version du chasseur et du lion. Du moins presque ! ! !
Christian P Y P

Christian P Y P a dit…

L'opinion de ces religieux me laissent pantois d'autant plus que ma grand mère maternelle a été élevée dans une congrégation religieuse. Les sœurs leur disaient: Nous ne savons pas si vous avez une âme mais par précaution nous vous avons fait baptiser. Je précise que l'état civil de ma grand mère maternel la déclare: indigène ou native suivant les pièces officielles. Tu vois tout ceci est un passé pas si éloigné. Petit détail supplémentaire, être un individu serviable et courageux pouvait vous faire repérer par les négriers et les conséquences étaient connues. Cela ne fait pas partie de l'histoire avouée mais ce sont des faits réels.