19 janvier 2012

Les débuts de la perliculture moderne

Le remplacement de la pêche des huîtres perlières par leur culture et par la perliculture a permis que les revenus des activités perlières, indispensables pour l'économie locale, aient été constants. L’ostréiculture perlière a aussi permis la sauvegarde et la propagation des huîtres perlières menacées de disparition
Il y a un peu plus de 100 ans, Tokichi Nishikawa, biologiste de la marine impériale japonaise (1874-1909), Tatsuhei-Mise, charpentier et Kokichi Mikimoto, fils du propriétaire d'un magasin de nouilles, eurent sans se connaître et presque en même temps la même idée. Chacun de son côté, ils établirent les fondations de la perliculture moderne.
Auparavant, un certain nombre d'essais, parfois couronnés de succès, avaient été tentés dans quelques pays : la Chine, la Suède, la Finlande, Ceylan, les Etats-Unis, l'Australie et Tahiti. Ces premiers efforts se limitaient toutefois à la culture des demi-perles. Rien n'indique qu'on y ait dépassé la méthode empirique, ni atteint un volume de commercialisation satisfaisant. C'est incontestablement aux Japonais que revient le mérite du succès dans ces 2 domaines.
Les premières années de la perliculture fourmillent de controverses pleines d'acrimonie, de conflits personnels et de rivalités. Dans ce labyrinthe de discordes, il est pratiquement impossible d'identifier l'inventeur réel de la méthode de culture par laquelle on obtient des perles rondes. Le mérite en revient-il à l’un de ces 3 hommes ou bien à aucun d'entre eux?
A la fin de la seconde guerre mondiale, les forces alliées d'occupation nommèrent une commission chargée d'étudier en détail et depuis ses débuts, l'industrie perlière japonaise Akoya. Malgré la confusion qui avait marqué ces débuts le Dr R.A. Kahn du Département des ressources naturelles au quartier général du commandement suprême des forces alliées à Tokyo, soumit un rapport intéressant le 31 octobre 1949. Dans ce texte, il conclut que les 2 derniers sont les seuls inventeurs des perles de culture rondes.Mikimoto était écarté comme l'inventeur ou créateur.
La première perle récoltée (en fait un mabe) le fut le 11 juillet 1893 dans la baie d'Ago, au Japon. Mais Tatsuhei Mise, obtint la première perle ronde en 1904.Les 2 licences de Mise et Nishikawa furent déposées en 1907 ; en 1908, Mikimoto déposait à son tour son brevet; 3 documents qui furent en quelque sorte les actes de naissance de la greffe.

La technique archaïque de Mikimoto consistait alors à envelopper un petit noyau artificiel dans un morceau de tissu de nacre et à glisser le tout dans une autre "huître".
Ce procédé est assez lourd, et relève de l'opération chirurgicale traumatisante pour la nacre qui reçoit un corps étranger important dans son organisme. De ce fait, la mortalité était élevée. Les techniques plus légères qui consistent à n'introduire qu'un noyau et un greffon l'emporteront très vite. Mais leur collègue fut le véritable promoteur de la perle de culture, au Japon d'abord, dans le monde entier ensuite. A noter que dès 1914, Kokichi Mikimoto entreprit des travaux avant-gardistes sur une nacre peu connue, la Pinctada margaritifera. Par perle "fine", on désigne une petite sphère de carbonate de calcium, de l'aragonite pour être plus précis, formée par un bivalve confronté à un corps étranger introduit dans ses tissus : cet intrus peut être un simple grain de sable, ou une petite particule qui gêne l'animal ; celui-ci alors, dans une réaction de défense, secrète autour de l'intrus une fine couche d'aragonite, matière qui est la même que sa coquille. Cette sécrétion se fait par rotation permanente du corps qui va être isolé par la sécrétion : d'où une forme généralement arrondie.
La perle de culture est, au contraire, le fruit de l'intervention de l'homme sur un bivalve. C'est donc artificiellement que le greffeur introduit un intrus dans l'animal, dans le but de le contraindre à mettre en œuvre son processus de défense et à isoler ce corps étranger en le noyant dans de l'aragonite. La bille introduite artificiellement est appelée noyau ; en général, il faut lui adjoindre un petit morceau de manteau d'une autre nacre, et c'est à partir de ce greffon que la sécrétion d'aragonite commence.
Une perle est composée à plus de 90% d'aragonite pure. Si les perles et les coquilles réagissent si différemment à la lumière, c'est simplement parce que la sécrétion se fait dans un cas de manière sphérique et dans l'autre de manière horizontale. Cet empilement de fines lamelles d'aragonite (on compte un millier de couches sur une perle de qualité) permet à la lumière, du soleil ou artificielle, de jouer ensuite avec ces micro-cristaux d'aragonite, et de déterminer ce que l'on appelle l'orient d'une perle. Perle fine et perle de culture sont toutes les deux des perles "naturelles", fabriquées par un bivalve. La différence essentielle entre perle fine et perle de culture, est que la seconde possède un noyau. Sur le marché mondial, la perle fine a quasiment disparu. Malgré plusieurs tentatives de greffe, notamment dans les années 1930 par un certain François Hervé (administrateur des Tuamotu), dont l’illustre témoin fût le peintre Matisse, ce n’est que dans les années 1960, qu’un essai de greffe se transforma en réussite.En effet, le chef du service de la pêche, Jean-Marie Domard, ayant étudié la greffe, à la fin des années 1950, sur la ferme de M. Mikimoto , il a décidé de tenter l’expérience avec M. C Muroi, alors illustre greffeur japonais. Cette première expérience eut lieu sur l’atoll de Hikueru. La récolte étant assez satisfaisante, il fût décidé de réitérer l’expérience en transférant des nacres de Mopelia à Bora Bora. La récolte faisait l’objet d’une exposition à l’Assemblée Territoriale en février 1965 et les perles furent mises en valeur par le bijoutier Mourareau. Certaines d’entre elles atteignaient 14 mm de diamètre. Ceci marqua le début d’une nouvelle activité.
Alors que Jean-Marie Domard quittait le territoire en 1967, une figure marquante de l’histoire de la perle, Koko Chaze expérimentait la culture de "mabé " à Rangiroa. Ces différentes expérimentations eurent des retentissements à l’international et Jacques Rosenthal de la célèbre société de négoce Rosenthal Freres Paris, recruta William Reed, biologiste marin avec 8 ans d’expérience dans la mer rouge et le golfe Persique, pour examiner la possibilité d’élever à grande échelle des huîtres perlières. Il a passé plusieurs semaines avec Chaze, tous 2 ensemençant environ 2.000 huîtres afin d’obtenir des mabe. Les collecteurs étaient faits à partir des branches sèches de l’arbuste local, Miki Miki.
Agissant sur le conseil du Dr. Domard, Koko Chaze se rendit sur l’atoll de Manihi avec des mabe (demi-perles) pour mettre en œuvre les résultats obtenus sur l’atoll de Rangiroa. Et c’est ainsi qu’est née la première ferme perlicole en Polynésie française sur l’atoll de Manihi en 1968, époque à laquelle Chaze fut rejoint par les français Jacques et Aubert Rosenthal, petit-fils du bijoutier renommé de Paris, Léonard Rosenthal, qui finança l’opération. La première perle ronde de cette ferme, "la Société Perlière de Manihi " fut produite en 1970. William Reed quitta le Département de la pêche en 1973 pour former sa propre société, Tahiti Perles, et commença la perliculture à Mangareva dans les îles des Gambier. Il revendit cette société 2 ans plus tard à Robert Wan. En 1975, un homme d’affaires Français de 50 ans, Jean-Claude Brouillet, arriva à Tahiti. Parmi ses nombreux investissements, il y avait l’achat de l’atoll de Marutea Sud dans l’archipel des Gambier, où il débuta la perliculture avec un autre Français, M. Brannelec. J.C Brouillet était le premier à prouver que des négociants en haute joaillerie pouvaient être approchés avec des perles de culture de Tahiti. Jusque-là ces perles étaient pratiquement inconnues à l’international. Après 15 ans de travail, Brouillet se retira et vendit son atoll et sa ferme perlière en 1984 à Robert Wan, devenu l’empereur de la Perle de Tahiti. En 1976: Le “Gemological Institute of America” (G.I.A.) reconnaît la “couleur naturelle” des perles de Tahiti. En 1988: La Confédération Internationale de la bijouterie, joaillerie et orfèvrerie, la CIBJO, a homologué la dénomination “perles de culture de Tahiti de couleurs naturelles ».
Si en 1988, la dénomination "perle de Tahiti "est acquise sur le plan administratif, il faudra dans les faits, attendre au moins 1994 pour que celle-ci soit reconnue et respectée. Elle devient alors pour les spécialistes du monde entier "la Perle des Reines et la Reine des Perles ". A suivre.

4 commentaires:

Georges a dit…

tres bien documente,a partir de faits reels surtout en ce qui concerne la production Tahitienne .
Bravo !

Sylvie-Anne a dit…

Merci Georges. Je leur devais bien cela aux reines de la Polynésie que je porte au cou et au doigt depuis 3 ans, comme des porte bonheur. Elles sont si belles !

Mylène a dit…

J'ai vu récemment un documentaire sur ce sujet et la famille Wan.
J'ai moi aussi succombé au plaisir de porter ces perles (BO et duo en pendentif) irisées vert. Au musée de Papeete j'ai ai admiré de splendides mais je n'ai pu que les admirer.....
Il y a de grosses différences de prix et c'est difficile pour un profane de choisir et où choisir......
Bonne continuation

Sylvie-Anne a dit…

Mylène, voici un proverbe qui dit "La sincérité est la perle qui se forme dans la coquille du coeur.". Merci de votre fidélité au blog.