30 novembre 2011

Le naufrage du Tahiti Nui IV au large de Rimatara

Le caboteur Tahiti Nui IV, (ex Meherio II) a fait naufrage le mardi 2 septembre 2003 au large de Rimatara, avec à son bord de grosses pelles mécaniques pour la construction de l’aéroport. Ce naufrage a coûté la vie à 7 personnes tandis que 14 hommes ont été repêchés.
Le capitaine du navire Victor Lenoir, 56 ans, le maître d’hôtel Ioane Kapikura, 50 ans, et Carl Tauru 42 ans, marin du GIP, n’ont pas survécu au naufrage. On repêchera leurs corps le jour même.
4 hommes ont disparu, 2 membres du GIP, le lieutenant, Jean-Pierre Maraetefau, 50 ans, le cuisinier du bord Mathias Teagai 47 ans, ainsi que deux salariés de l’entreprise Le Caill, Serge Ena, 28 ans et Samuel Richmond 29 ans. La société venait de remporter le marché pour la production d'agrégats. Le chantier n'avait pas encore commencé. Un premier envoi de matériel avait été réalisé sur Rurutu par le Tuha'a Pae quelques semaines avant.
La logistique pour ces travaux était compliquée. En raison de l’absence de débarcadère à Rimatara, les bateaux doivent 'beacher', (sauter sur la passe), alors il était prévu que le Tahiti Nui IV, fasse des allers-retours entre Rurutu et Rimatara.
À bord du Tahiti Nui IV, se trouvaient entre autres une grosse pelle pour l'extraction, un concasseur primaire et du matériel neuf spécialement conçu en Nouvelle-Zélande pour ce chantier.
L'entreprise Le Caill devait être présente sur le site pour une durée d'un an avec un roulement de 10 à 15 personnes pour la production de cailloux coralliens pour la future sous-couche et l'enrobé de la piste de l'aérodrome.
Les travaux préliminaires pour cette piste ont été lancés en juillet 2001. Ce chantier fut difficile, il a fallu écrêter les féo (concrétions calcaires), qui couvraient 70% de la surface.
La piste de l’aérodrome mesure 1.400m de long sur 30 m de large et son coût global a atteint les 1,5 milliard CFP (12,6 millions d'euros), pris en charge par le territoire à hauteur d'environ 87% et par l'État.
L’état du Tahiti Nui IV, chaland de transport et de débarquement de la flottille administrative, vieux de 22 ans, a fait l’objet d’un rapport d’expertise accablant, en janvier 2005, de la part du BEA mer. Les conditions d'utilisation du navire et son état, ont été passés au peigne fin. Les mots pour le décrire sont très forts : “un panier à salade”, “une poubelle”, “une véritable passoire”. Les différentes expertises et témoignages font état d'un piteux état du chaland de transport. “On pouvait voir le ciel à travers le pont”, a déclaré un marin. Des trous de 15 à 30 cm ont été relevés, sans parler des ballastes remplies d'eau et des pompes fonctionnant 24 heures sur 24.
Le tribunal mixte du commerce a jugé, le 27 novembre 2009, la Polynésie française responsable de la perte des marchandises de l’entreprise JB Le Caill & Cie, qui se trouvaient à bord du Tahiti Nui IV, en raison des manquements dans l’entretien du navire.
Le Pays a du payer plus de 88 millions de Fcfp à l’assureur et s’acquitter des intérêts légaux depuis 2004.
La commune de Rimatara est en train d’ériger une stèle commémorative à proximité du parking de l’aéroport. Ce monument est composé de 2 pierres. La face supérieure est polie. Une plaque de granite sera gravée avec les 7 noms des marins, et boulonnée sur cette face polie. L’ensemble est constitué entièrement de pierres extraites du feo. En février 2012 le mémorial sera terminé.
Le souvenir de ce naufrage meurtrier est encore très présent dans le souvenir des Rimatariens.

4 commentaires:

laurence a dit…

Ce naufrage aurait peux-etre evite?
C'est douleureux pour les familles.Merci Sylviane de nous avoir cpmpte cette histoire.
Laurence & Mathieu

Anonyme a dit…

Bonjour

certains batiments naviguant en polynésie ont depuis des decennies le meme nom de bapteme....

taporo,raro maitai....meherio...seul change au fil de la mise en service le numéro accolé au nom de bapteme...
en tous cas bravo et merci pour ce temoignage somme toute émouvant....
Cobaye53

Christian P Y P a dit…

Peu de temps après que ce bateau de débarquement baptisé à Tahiti: Meherio II, était arrivé à Tahiti, il a été mis hors de l'eau par la cale de halage de Fare Ute à Papeete. Je l'ai visité et j'ai été surpris de sa vétusté. Certains trous étaient bouchés avec du ciment. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'était pas en très bon état même pour un navire d'occasion. Quelques années plus tard je suis remonté à bord et c'était pire, une vraie passoire. Tout le monde le savait. L'enquête l'a prouvé. Cela a été dramatique pour plusieurs familles et Le Caill que je connais très bien.

Christian P Y P a dit…

Meherio II était absolument identique au Meherio I qui a navigué dans nos eaux dans les années 1970/1980. Ce bateau de débarquement le Meherio I étant en fin de vie. Il avait été décidé de le saborder en pleine mer au large entre Tahiti et Moorea. Il avait été demandé au capitaine et son équipage, de le couler bien au large et de revenir au port dans un petit canot à la rame. Quelle ne fut pas la stupéfaction des autorités de voir, dés la sortie de la passe de Papeete, le bateau sombrer et l'équipage de revenir au plus vite au port. Les douanes, les gendarmes, le port surveillaient l'opération aux jumelles. Arrivé à quai, le capitaine déclara : "C'est bien joli de donner des ordres, ce n'est pas eux qui font se travail. Ils nous prennent pour des cons pour prendre des risques."Ce fut le fou rire général. C'était un homme de caractère.